GROUPE D’AUTOFORMATION PSYCHOSOCIALE
Association pour le développement de l’autonomie et de la participation sociale
Siège social : 40, rue Saint-Lô, BE 5060 FALISOLLE,
Président Patrick LECEUX 0496/627678 patrick.leceux@mac.com
Coordination pédagogique Jean-Marie LANGE: gap.belgique@skynet.be ;
Groupe d'Autoformation Psychosociale : Formations des adultes et actions humanitaires.
L'association de formation des cadres GAP est une asbl spécialisée en management associatif et en prévention des conflits de groupe. Elle se veut résolument sans but lucratif; aussi, lorsqu'elle dégage un quelconque bénéfice, elle conçoit le projet d'une aide humanitaire technique et ciblée au Tiers Monde. Hier, il s'agissait de formations d'animateurs ruraux et d'animateurs de gestion au Mali et aujourd'hui, c'est l'aide à des associations locales à MAKAMBA au sud Burundi. Notre association n'est pas subsidiée par la coopération au développement de Belgique. Le GAP est un opérateur de terrain qui se réclame de l'application des droits de l'homme et ne se réfère à aucune confession et à aucun parti politique.
Site http://soutien.et.autonomie.free.fr Blog : http://gap-belgique.blogspot.com;
CAPI – Cahiers d'Autoformation Psychosociale en Pédagogie institutionnelle -
SOMMAIRE des précédents articles de cette revue bimensuelle de réflexions pédagogiques du GAP
N°1 – Janv-Fév. 2006 : Qu'est ce que le GAP ?
N°2 – Mars-Avril 06: Le cahier des offres de formation du GAP.
N°3 - Mai-Juin 06 : La colère des enseignants (gestion des conflits – opus 1)
N°4 – Juill.-août 06 : La pensée rationnelle (gestion des conflits – opus 2)
N°5 – Sept.-Oct.06 : Totem et tabou
N°6 – Nov. Déc. 06 : Jalousie et fonctionnement à la croyance (Médiation couple – opus 1)
N°7 – Janv.Fév. 07 : L'Avant-projet pédagogique BURUNDI
N°8 – Mars-Avril 07 : La Dynamique des Groupes, l'organisation sociale et l'homme de la singularité.
N°9 – Mai-Juin 07 : Histoire de vie en groupe et aide sociale (Proposition au Congrès international des professionnels francophones de l'intervention). Pédagogie du projet.
N°10 – Juillet-Août 07 : Rapport d'activité "Enfants de Kayoba" première phase "Voyage d'études et de faisabilité 2007"
N°11 – Sept.Oct.07 : Le chaman et le formateur
N°12 – Nov.Dec. 07 – L'identité personnelle, une insertion sociale ?
N°13 – Janv.Fév.08 – La genèse des alchimistes pour l'éducation à une spiritualité laïque
N°14 – Mars-avril 08 - Le travail des intervenants sociaux (1) : Pour une insertion sociale et multiculturelle citoyenne.
N°15 – Mai-Juin 08 – Le travail des intervenants sociaux (2) : Emploi, travail et méthodes d'intervention.
N°16 – Juillet-Août 08 – Le travail des intervenants sociaux (3) : Fantasme de toute puissance, démocratie ou génocide.
N°17 – Sept. Oct. 08 : La souffrance du désir et le détachement
N°18 – Nov. Déc.08 : Le stress et les consciences
N°19 – Janv-Fev 09 : Le triangle rouge de la lutte contre tous les racismes
N°20 – Mars-Avril 09 : La psychologie des émotions.
N°21- Mai-juin 09 : La raison sensible (combattre les fidèles au nom des infidèles).
N°22 – Juill-Août 09 : Le néant et l'être affamé
N°23 – Sept-Oct 09 : Multiculturalisme et autoformation
N°24 – nov.dec.09
N°25 – Janv.fev10 : la matière, le vide, la nature et l’éducation.
N°26 – Mars-Avril10 : Le sexisme, forme principale de racisme.
N°27 – Mai-juin 10 : Sorcellerie et ethnopsychiatrie
N°28 – Juil-août10 : Pour une introduction à l’anthropologie culturelle et sociale
N°29 – Sept-oct10 : Le combat perpétuel de la démocratie participative
N°29 Septembre-Octobre 2010 :
Le combat perpétuel de la démocratie participative
A la mémoire du résistant Marcel DEPREZ
« L’histoire ne progresse pas de façon frontale mais par des déviances devenant tendances. »(MORIN)[1]
« Quand ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste ; quand ils ont arrêté les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicalistes ; quand ils ont arrêté les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif ; quand ils sont venus m’arrêter, il n’y avait plus personne pour protester. »(Martin NIEMÖLLER, Pasteur allemand antinazi).
Préambule
« Dynamique des groupes et démocratie participative ». Très souvent, j’ai réfléchi sur ces thèmes associés sur le plan des techniques et/ou sur le plan des valeurs mais non de la faisabilité d’une utopie de gauche, avec une créativité institutionnelle. Je prends ici la précaution, pour éviter l’étiquette de sénile précoce qui rabâche toujours ses mêmes idées, de faire un bref rappel de mes développements précédents en les illustrant dans le contexte de ma propre histoire de vie.
Avec les autres coopérants belges, ,j’ai été éjecté en 1972 du Congo-Zaïre du dictateur MOBUTU lors de son opération « zaïrianisation des cadres ». De retour à Verviers, je reprends des études d’éducateur spécialisé et j’adhère au mouvement d’EDUCATION PERMANENTE « Peuple et Culture – France ». Avec un de mes profs, ma militance consistait à nous rendre dans des endroits culturellement défavorisés armés des fiches de lecture de PEC (de la rue Cassette, à Paris) pour raconter l’histoire d’un livre en moins de 50 minutes. L’objectif était la lutte contre l’illettrisme, redonner le goût de lire et d’apprendre par soi-même
En 1974, j’adhère à PEC-Wallonie qui deviendra asbl en 1976 et où la méthodologie ENTRAÎNEMENT MENTAL (EM) prend l’essentiel du travail en oubliant le sens premier : l’aide aux défavorisés. J’ai toujours dit à l’époque qu’il valait mieux que les non-nantis fassent du mauvais EM mais retrouvent un peu de confiance en eux plutôt que d’être « grondés » sur des points de détail de la méthode. Ce sera pour moi une histoire d’amour et de haine car l’EM deviendra de plus en plus le credo avec le charisme de l’excellent formateur Pierre DAVREUX. Lors de nos réunions entre formateurs, je clame que nous devons continuer à apprendre nous-mêmes, notamment à animer et à conduire une réunion de façon à ce que les plus timides s’expriment et on me répond avec le livre saint : « l’EM peut tout : animer et digérer des briques ! ».
En 1977, frustré par PEC Wallonie/Bruxelles et sa caste d’inspecteurs généraux de la culture (les lamas de PEC), bien différents de la plèbe dont je suis, j’applique à moi-même mon intuition et je m’inscris à un séminaire de « DYNAMIQUE DES GROUPES »(DG) au CDGAI (Centre de Dynamique des Groupes et d’Analyse Institutionnelle) du service de psychologie sociale de l’ULG. J’y resterai jusqu’en 1992 (la loi de Bondt interdisait après 1992 le moindre cumul aux enseignants mais non aux politiciens). Il me faudra 5 ans pour devenir animateur-dynamicien de groupe. Ensuite, ce sera plus facile : licence en FAEP (Formation des Adultes et Education Permanente), agrégation, 3ème cycle (DES) en intervention psychosociale et doctorat d’Etat en 1991. J’y serai coopté comme collaborateur de l’université et formateur au CDGAI.
La DG dit en substance qu’en respectant des règles d’animation et de conduite de réunion, on peut dans de petits groupes communaux instaurer un réel fonctionnement de démocratie participative avec des règles évaluables et renégociables et que cet apprentissage de microcosme pourrait aisément être transféré au macrocosme d’une politique citoyenne qui ne serait plus axée sur la pensée unique ultralibérale mais sur les besoins et les responsabilités impliquées des gens. Notons enfin que je suis traversé par la psychologie systémique de l’Ecole de Palo Alto (Californie) avec Bateson, Watzlawick , Erickson,… « La Nouvelle alliance » des belges Prigogine et Stengers et l’œuvre du français Edgar MORIN (notamment « La méthode » en six volumes). Morin sera mon fil rouge pour les présentes réflexions. J’arrête ici ce préambule et je renvoie les lecteurs intéressés à mes précédents articles sur la démocratie participative.
Engagements
J’ai toujours adhéré à la gauche libertaire non-violente, pour une créativité alternative dès que, (venant du fond de la brousse) en 1972, j’ai repris contact avec les livres et l’actualité. Je ne pouvais ignorer le bolchevisme stalinien, ses déportations, tortures et exécutions massives, l’invasion de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie, Pol Pot, les Khmers rouge et le génocide cambodgien soutenu par les armes chinoises, la guerre ethnique des serbes contre leurs voisins et leur massacre systématique des hommes, les génocides au Rwanda et au Burundi, etc. Trente ans plus tôt, j’aurais certainement été communiste pour lutter contre le fascisme mais, à mon époque, même sourd et aveugle, il était impossible de soutenir cette forme de totalitarisme, un déni total des Lumières et de la déclaration universelle des droits de l’homme (ONU, 1948).
Mon premier engagement, avec mon épouse, fut dès 1972 de lutter pour la libération des prisonniers d’opinion, contre la torture et la peine de mort pendant 8 ans avec Amnesty International. Ce fut lorsque j’écrivis à Robert Badinter, alors Garde des Sceaux pour réclamer la libération d’un autonomiste breton emprisonné parce que en tant qu’objecteur de conscience il refusait d’accomplir son service militaire que cela s’est gâté avec Londres.
Mon deuxième fut philosophique pour la dialectique d’Héraclite et de Gurvitch, non pas une dialectique apologétique et consolante et nécessairement ascendante comme celle de Marx mais une façon de penser par delà le bien et le mal, toujours en terme de contradictions, avec Proudhon, Bakounine, Reclus, Michel, Stirner, Marcuse, Reich, l’Ecole de Francfort, Castoriadis, Bouddha, etc.
Ma troisième axiologie fut la libération par l’éducation avec Freire, et le tiers-monde, là où les enfants ne sont pas scolarisés, surtout les filles, mais où les gens meurent de faim parce que l’on spécule au Nord. On prévoit, pour 2011, 30% d’augmentation des famines en Afrique. Pourquoi dès lors l’Europe va-t-elle détruire ses excédents agricoles ? Pour la stabilité des marchés au détriment de vies humaines ? Je suis pour le développement des pays sous-développés, disait-on alors, et non pour celui de la corruption généralisée dans le sud. Lorsque des projets d’aide de la coopération belge sont programmés, quelle est la part du budget qui arrive concrètement aux « nécessiteux » et la part logistique pour les experts (frais de dossier, voyages, 4x4 climatisée, hôtel à 200 euros la nuit, etc.). En 2007, la FAO a annoncé sur internet un projet de don de houes et de haricots pour 12.000 familles dans la région de Makamba où notre asbl d’aide humanitaire a un chantier. Nous avons été voir la FAO pour connaître leur répartition et il nous fut répondu que le recensement des nécessiteux n’était toujours pas achevé, bonjour la joie des charançons sur les semences de haricots. Notre asbl le « Groupe d’Autoformation Psychosociale »(GAP) est pour l’autonomie de chacun par un enseignement de qualité, pour l’émancipation sociale et l’autonomisation économique solidaire des villages, pour la compréhension interculturelle et une meilleures qualité de vie grâce à des salaires décents mais aussi pour un enveloppement dans le cocon culturel des traditions et initiations sociales et civiques, pour le respect des modes de vie des peuples à tradition orale, pour la convivialité et la lenteur qui permettent la fraternité par la palabre et le développement d’une vie intérieure, d’une spiritualité laïque débarrassée des peurs et culpabilisations de l’obscurantisme de l’animisme ou des religions. Pourquoi amalgamer les jeteurs de sorts et tueurs à gage avec les guérisseurs et chamans ? Pourquoi cet anthropocentrisme (européocentrisme) où nous avons toujours ce besoin de juger en noir et blanc, dichotomie malsaine juste acceptable par des bambins de 5 ans et génératrice de racisme ?
Mon quatrième engagement est pour l’écologie mondiale que le néolibéralisme de la globalisation assassine. Nous ne voulons pas de la croissance au prix de la non survie de notre planète mais nous ne voulons pas non plus de décroissance romantique où nos femmes retourneraient laver le linge à la rivière , en hiver, comme le prône le Vénérable moine zen vietnamien THICH NHAT HANH, un remake de Jean-Jacques ROUSSEAU et du bon sauvage et de la société qui le corrompt. Nous devons trouver un équilibre avec nos valeurs de gauche et l’écologie mondiale sans renier les bonnes choses de nos civilisations.
Mon cinquième engagement est la probité et la résistance au pouvoir dominant la Wallonie depuis plus de 40 ans, ma région d’Europe menacée par les flamands du nord qui réfutent le droit des gens au profit du droit du sol dans la belle indifférence de l’Europe et de l’OCDE. C’est pourquoi je me suis engagé avec utopie dans le Mouvement Socialiste Plus opposé aux politiciens gestionnaires des partis socialistes centristes (social-démocratie) où les experts et les statistiques ont remplacé l’écoute valorisante des citoyens. Pourquoi ai-je poursuivi une si longue quête de diplômes universitaires ? Parce j’étais révolté du clientélisme du PS et de son contrôle du contre-pouvoir syndical. Comment engage-t-on les enseignants ? En allant débaucher les meilleurs cerveaux dans le privé ? Que nenni ! On cherche partout l’économie et les agents pas trop diplômés seront moins couteux ; tant pis s’ils sont un peu inexpérimentés.
Avec un bac+3 et un CAPAES stupide, ils auront ainsi un titre pédagogique mais un statut moindre, soit tout bénéfice pour les enveloppes fermées des écoles mais non pour les apprenants. Avant, les étudiants des Hautes Ecoles avaient des professeurs invités venus du privé qui parlaient de leur expérience, trop cher aujourd’hui. Pourquoi les services publics sont-ils partout privatisés alors que les dégâts sont visibles dès les premières tentatives comme l’explique le cinéaste anglais engagé Ken Loch (« The Navigator ») à propos du chemin de fer britannique, comme la privatisation de Belgacom avec des milliers de travailleurs licenciés (essayer de contacter les services Belgacom sur leur numéro vert en moins de 5 jours si vous êtes en panne, toutes les lignes sont occupées et ils n’ont pas d’e-mail), comme aujourd’hui les chemins de fer belges et demain la poste déjà vendue à un opérateur privé danois qui sous-payera les facteurs. La dernière lutte syndicale qui semblait correcte fut contre la directive européenne BOLKERSTEIN qui voulait libéraliser le marché du travail, elle a été retirée puis votée trois mois après. Aujourd’hui, les autobus polonais débarquent chaque semaine ces travailleurs moins coûteux au coin de la rue de La Goffe et de la rue de la Cité, près de la place St Lambert, sans problème dans une Europe de droite et des marchés. Pas de chance pour les sans-papiers !
Rêvons certes à un monde meilleur mais avec lucidité et sans naïveté, les libertaires de gauche ont tous entre 60 et 70 ans. Les politiciens actuels sont des technocrates et les ex-travailleurs qui votaient socialiste ou communiste en France, écœurés de leurs leaders mous, votent pour le Front National de Jean-Marie LE PEN, l’extrême-droite. Nous sommes le cul entre deux chaises froides : sur l’une, la barbarie de LE PEN, de la haine et du mépris des autres ethnies (le XX° s nous a saoulés de boucheries humaines appelées guerres et nos dirigeants n’ont toujours pas compris ce froid mortel du fascisme venu de la nuit des temps) et sur l’autre, la barbarie déshumanisée du profit et de la technique. Au moment où j’écris ces lignes, le groupe BP pollue depuis plus d’un mois et de façon irréversible les côtes de la Louisiane et du Golfe du Mexique. Mais les spéculateurs ne seront pas punis, on fait juste sauter un boulon : le directeur général british est remplacé par un américain !? Notons que depuis l’EXON Valdès, jamais aucune mesure préventive n’a été prise et qu’il n’y a pas que BP qui est en lui-même une nuisance ; pensons à Total qui soutient la junte birmane contre le peuple du MYANMAR réduit en esclavage.
Analyse
Un service public n’a pas à être rentable mais performant, il s’agit d’un service à la population et non d’une entreprise qui doit réaliser des bénéfices. Si j’étais invité à recruter un directeur d’école, je regarderais ses compétences transversales morales et humaines. Sera-t-il bienveillant pour son personnel ? Respectueux de ses collaborateurs et encourageant ? Dévoué à son institution plutôt qu’à la bureaucratie de la Communauté Française ? Ayant un souci de dynamisation de ses collaborateurs pédagogiques ? Pratiquant des valeurs d’équité, de justice et de compassion ?
Personnellement, dans mon expérience peut-être isolée, mis à part deux directeurs, en 40 ans de carrière, je n’ai reçu que des remontrances, des blâmes pour initiatives de pédagogie de projet, diverses tentatives pour me faire perdre mon emploi (avec collusion syndicale), jamais de félicitations pour mon travail zéro défaut et sans journée d’absence (sauf une pour lumbago et un mois pour pied cassé auquel on a rajouté les deux mois de vacances). Pourtant, la recherche en management est sans ambiguïté : un travailleur heureux et bien dans sa peau transmettra son rayonnement aux enfants dont il a la charge d’éduquer l’esprit critique et pas seulement instruire et sélectionner.
Cela étant posé et pour éclaircir ces propos d’engagement par la psychologie systémique, il nous faut inclure la complexité de toutes les actions.
Après le XIX°s et son idéologie positiviste d’Auguste COMTE et le XX°s et son idéologie behaviorisme (psychologie du seul comportement observable, stimulus-réponse), nous devons prendre en compte un des premiers concepts systémiques : le FEED-BACK ou RETROACTION.
Par exemple, pendant une guerre, le tireur d’obus observe où son projectile tombe pour ensuite mieux ajuster son canon à sa cible. De même, au temps du béhaviorisme, on observait la réaction à un stimulus perturbant et en refaisant mille fois l’expérience. Aujourd’hui en application en sciences humaines, cette simplification ne peut être transposée aux humains qui réfléchissent et modulent leurs réponses en cas d’échec de celle-ci, ce qui veut dire que l’on ne peut pas prédire la/les réactions. Tout acte échappe aux intentions premières de l’expérimentateur, nous dit MORIN, pour réagir avec les divers et contradictoires feed-back du milieu, ce qui peut donc déclencher le contraire de l’effet souhaité.
« LE CONFLIT EST LE PÈRE DE TOUTE CHOSE »(HERACLITE). Dans les couples, il y a rencontre par le désir qui vient du désir de rien, celui de posséder ce que l’on n’a pas et ensuite, s’il n’y a ni estime réciproque ni jeux communs et plaisir, il y aura l’ennui, principal facteur de rupture qui appelle un changement,…pour d’autres désirs (pas seulement sexuel).
Dans les groupes, le premier moment est toujours de timidité et de réserve face à un groupe que l’on ne connaît pas, on appelle cela l’UNIVERSALITE : tout le monde est beau et gentil car on a peur des jugements de ce groupe d’inconnus. Puis avec le temps, il y a adaptation et apparition de conflits interpersonnels où l’on dit à l’autre ce qui nous agace chez lui, ce sont les conflits avec le stade de PARTICULARITE où tous s’affrontent avec leurs différences, leurs spécificités. C’est le moment où cela passe ou craque; si les membres du groupe ont un quelconque intérêt à ce que celui-ci survive (qu’il a vraiment besoin de ses membres), on va alors négocier et mettre de l’eau dans son vin pour faire des compromis car on n’est pas obligé de s’aimer tous pour travailler ensemble, c’est le moment de la maturité et de la SINGULARITE où l’on agit pour l’intérêt général tout en conservant nos particularités et où l’unanimité n’est pas nécessaire. Toutefois, si l’on n’est pas vigilant à conserver l’équilibre des différences, on retombe dans le ronron des habitudes et l’illusion groupale (le groupe fusionnel) sans tension, ce qui est impossible et va peu à peu raviver des conflits et on repart…
Dans une société, il en va de même; il y a un chef nommé l’INSTITUE (le roi, le parti dominant) et ce pouvoir absolu va générer une opposition, les déviants qui vont s’organiser et entrer en conflit avec le pouvoir en place, les INSTITUANTS. Ceux-ci seront peut-être matés/écrasés ou s’ils sont très forts et pugnaces (comme les altermondialistes s’opposant au G8 et au G20), le pouvoir va alors négocier avec eux, c’est le moment de l’INSTITUTIONNALISATION (soit par le compromis, soit, plus rare, là où le chef de la révolution devient le chef du pays, Fidel CASTRO par exemple).
Les Grecs du temps de PERICLES préconisaient de ne pas gérer le pouvoir de la cité pendant plus de 5 ans car celui-ci « monte à la tête » et les maîtres oublient alors les citoyens ; l’analyse institutionnelle fondée par le sociologue et philosophe Cornélius CASTORIADIS ne dit pas autre chose. L’ex-instituant va oublier qu’il s’est battu pour le peuple et devient à son tour l’INSTITUE avec des prisonniers de conscience/d’opinion, ceux qui le critiquent. Une nouvelle vague instituante (non programmable dans le temps) viendra à son tour le renverser et le mouvement en spirale continuera et pas nécessairement une spirale ascendante vers le progrès.
Il n’y a eu que dans les religions laïques marxistes l’exposition d’un possible paradis communiste sans conflit sur terre, la sotériologie tournant autour d’un prolétariat rédempteur, un non-sens niant l’énergie, le mouvement et le changement permanent.
L’erreur des partis socialistes, en tout cas pour ce qui concerne celui de la Wallonie, a été d’infiltrer, pour le contrôler, le contre-pouvoir syndical (ce n’est pas normal d’être à la fois un permanent syndical décideur et un député décideur s’il y a conflit d’intérêt). Lors de la prochaine montée instituante (pas nécessairement violente), le syndicat coursera derrière un mouvement spontané pour le contrôler mais n’y arrivera plus car il a aujourd’hui trop croqué la pomme du pouvoir dit légitime, il a ses permanents à vie (des experts) et non des citoyens responsables et anonymes. Avec mes camarades, nous avons été des « formateurs extérieurs » de la Fondation André RENARD (FAR à Liège) et puis tous remerciés par rationalisation (ce qui n’a rien à voir avec la raison) car nous représentions une gauche plurielle et non des apparatchiks du PS.
L’absence brillante de la démocratie cognitive
« Le fossé qui s’accroît entre une techno-science hyperspécialisée, et les connaissances dont disposent les citoyens, crée une dualité entre les connaissants - dont la connaissance est du reste morcelée, incapable de contextualiser et globaliser – et les ignorants, c’est-à-dire l’ensemble des citoyens. Ce qui nous amène à la nécessité d’œuvrer pour une démocratisation de la connaissance, c’est-à-dire une démocratie cognitive. Cette tâche peut sembler absurde aux technocrates, soit impossible aux citoyens eux-mêmes : elle ne peut être entreprise qu’en favorisant la diffusion des savoirs au-delà de l’âge étudiant par une réforme de pensée qui permettrait d’ articuler les savoirs les uns aux autres. »[2]
J’ai quitté l’enseignement au meilleur de ma forme quatre ans trop tôt parce que je ne me sentais plus respecté.
Il faut être capable de dire le non-dit : par les nord-africains en majorité (et non par les africains) manquant de la politesse la plus élémentaire mais aussi par cette ouverture massive des Hautes Ecoles à des jeunes qui n’y sont pas préparés et qui portent plainte au directeur (dans l’enseignement laïque) parce que l’enseignant ne respecte pas assez leur foi catholique, ou d’autres qui entrent en classe comme dans un moulin (avec ¼ d’heure à 20 minutes de retard ) et qui se sentent victimes s’ils ont des remarques (en classe de bac+3), d’autres encore qui contestent en justice l’évaluation du prof dès la première session, etc. Les écoles prises dans le tourbillon néolibéral visent, elles aussi, le quantitatif au détriment du qualitatif et confondent les instructions technologiques avec l’éducation de base qui n’est plus au programme, ce qui fait que des magrébins venus de l’Atlas profond n’ont pas les repères de l’école bourgeoise et pas de parents qualifiés pour les leur enseigner. Notons pour insister, avec BOURDIEU, qu’un jeune fils de bonne famille de Rabat qui vient suivre des études de médecine chez nous n’aura aucun problème et passera inaperçu car très courtois.
Il en va de même pour l’apprentissage de la solidarité humaine. Peut-être un jour la Belgique n’existera-t-elle plus car l’ethnie riche et dominante des flamands veut supprimer les mécanismes d’entraide de la sécurité sociale envers notre ethnie francophone pauvre et dominée (la Wallonie). Les belges étaient fiers de leur sécurité sociale de l’après-guerre affirmant une solidarité entre les communautés ; pourtant aujourd’hui, elle se délite dans une bureaucratie administrative sans âme avec des politiciens flamands séparatistes.
Depuis les années 1990, la qualité de l’aide sociale se dépersonnalise et s’alourdit de processus complexes bureaucratiques qui déstabilisent les vieux, les malades et les sans emploi, ceux qui ne s’adaptent pas aux bouleversements de la technologie informatique. La formation des assistants sociaux (AS) suit le même mouvement : on traite des dossiers mais il n’y a plus d’AS pour discuter, sécuriser et valoriser les « paumés » (pas rentable). Les sujets sont donc atomisés dans une foule urbaine et subissent des souffrances dues à la difficulté de s’y retrouver dans les arcanes de plus en plus ubuesques de la machinerie administrative. Les agents chargés de l’aide sociale ne sont plus convenablement formés à des techniques d’approche relationnelle, ils se retrouvent impuissants devant la solitude, le malheur et le désespoir des couches moins favorisées avec des outils instrumentalisés et non adaptés à l’humanisme, soit à un minimum de compassion par la conversation.
De même, la police renforce les effectifs de ses cadres administratifs, mais les drogués, mendiants agressifs sont légions et les petits vieux angoissent de sortir au cœur de Liège après 18h : ils redoutent les agressions de rue car lorsque la foule qui protège se dissipe, il en va de même des patrouilles de police (qui deviendraient à ces heures utiles). Dans mon quartier, l’espace St Léonard, limite d’une ghettoïsation volontaire des maghrébins et non des autochtones, les gens du cru garent leurs voitures dans les rues maghrébines pour ne pas se retrouver avec les vitres brisées (même s’il n’y a rien à voler).
Le mal sociologique ethnique n’est pas dû à la non intégration des jeunes délinquants d’origine nord africaine mais aux ratés de l’intégration. Les vols, les viols, la drogue, les tags et les dégradations urbaines des gangs de jeunes désœuvrés sont d’abord dus à un manque de régénération du tissu social, à un manque d’une « POLITIQUE DE CIVILISATION ». Notons pour l’anecdote que lorsque l’opportuniste SARKOSY a récupéré ce slogan d’Edgar MORIN, celui-ci, sur les chaînes télévisées, était furieux de ce détournement de sens.
Les gens sont de plus en plus lâches et dans les bus liégeois du centre ville, lorsque qu’une équipe de trois jeunes filles Rom pratique le pickpocket organisé, les gens restent amorphes, il n’y a que quelques vieux cons comme moi qui crient tout haut pour avertir les autres voyageurs par solidarité. Inutile de dire que cette équipe de voleuses spécialisées ne m’apprécie pas et me montre un vilain doigt avant de déguerpir chaque fois que l’on se croise dans un bus. De même, lorsqu’un petit groupe de jeunes gens à des heures scolaires (donc pas des étudiants) agressent une jeune fille dans le bus avec des visées sexuelles, on dirait que tous les autres voyageurs sont paralysés, tétanisés et se font tout petits alors qu’ensemble, avec un sens de la solidarité, ils représenteraient une force par rapport aux voyous toujours impunis. Notons pour l’anthropologie comparée que, lorsque je suis sur un marché densément peuplé au Mali et qu’un malandrin s’intéresse de trop prês à mon sac à dos, la foule spontanément réagit et il y a très peu de voleurs de ce type. Chez nous, c’est un peu comme si les individus pensaient chacun : « ce n’est pas mon rôle, je risque de ramasser un mauvais coup et d’ailleurs, il y a les flics pour cela ! ».
Le mal initial est une dérive civilisationnelle par manque d’éducation civique et éthique qui crée la solitude et la peur mais la misère sociale ne sera prise en compte que lorsqu’elle dérapera sous une forme psychosomatique ou psychiatrique.
Prospectives
La soft révolution que nous appelons de nos vœux serait encore à écrire mais sans atermoiement pour sanctionner tout ce qui dégrade et exploite l’homme par l’homme, contre les dépendances, les assujettissements, les humiliations, les ségrégations.
La formule de Proudhon « la propriété, c’est le vol ! » est obsolète et devrait être radicalisée pour la survie planétaire en inscrivant dans toutes les constitutions que l’exploitation de l’homme par l’homme est un délit punissable au même titre que la traite des êtres humains (prostitution, travail des enfants,…). Etienne de La BOETIE nous disait : « vous êtes des milliers d’assujettis, arrêtez de soutenir les colosses aux pieds d’argile et ils s’effondreront tout seuls ».
Aujourd’hui, à chaque sommet du G8 ou du G20, il y a des manifestants sortis de nulle part qui contestent violemment le pouvoir de gestion du monde par les plus riches de la planète et cette information relayée par les télévisions arrive dans les bidonvilles des plus pauvres et enseigne que l’on peut se révolter. Aujourd’hui les fanatiques islamistes d’Al Quaida assassinent dans le désert du Mali un septuagénaire blanc voulant construire des écoles pour les jeunes Touaregs, en Afghanistan une jeune femme a le nez coupé ainsi que les oreilles par son mari taliban, parce qu’elle voulait s’enfuir de chez lui. Quid des milliers de musulmans pacifistes qui reçoivent cette mal-image de l’islam que s’approprient les terroristes, ils ont la honte. On parle des Etats voyous de la Somalie (le piratage), de la Corée du Nord et de l’Iran (leur bombe atomique) ou de l’Afghanistan et ses attentats aveugles dans les marchés sur sa propre population mais qui fournit ces barbares en armes de destruction massive, en plutonium enrichi et en technologie de manipulation télévisuelle si ce n’est certains membres du G8 qui jouent double jeu ?
La démocratie participative de demain ne pourra être qu’écologique et devra en finir radicalement avec cette farce des structures partidaires existantes. L’idée même de privilégier ceux de son parti au détriment des autres est un non-sens à une époque où la terre est un village planétaire. Il n’y a qu’une seule humanité qui ne veut ni les partis (à l’Europe les verts siègent avec les séparatistes flamingants de la N-VA) ni le totalitarisme (de gauche comme de droite) mais une démocratie soucieuse des gens (pensions, soins de santé, éducation, aide sociale,…), du respect des particularités culturelles de chaque communautés sur son territoire(pour éviter la prolifération des églises catholiques au Maghreb par exemple) afin d’enrayer le phénomène de transhumance mythique vers un El Dorado mais d’accueillir avec courtoisie et assistance tous les sans-papiers quels qu’ils soient pour autant qu’ils respectent les droits des femmes et ne soient pas des délinquants ou dealers de drogue notoires. Nous voulons un monde meilleur, plus humain et non un genre de système à la Big Brother chez nous, par l’hypnose télévisuelle.
La raison, les raisonnements lucides et l’esprit critique doivent nous animer contre les rationalisations de n’importe quoi basculées d’un ton neutre par les médias. Nous ne sommes plus à l’époque du communisme où un sauveur, MARX, remplaçait la croyance en dieu. Avec le socialisme totalitaire, le terme s’est dégradé et plus personne ne croit qu’il suffirait de détruire la capitalisme pour extirper la volonté de pouvoir et de domination de certains nains de jardin. Nous savons que LE politique s’est noyé dans l’économique et qu’il n’y a plus de fraternité prolétarienne solidaire (la précarité, la mobilité et les emplois renouvelables sont là pour enrayer une renaissance de cette solidarité). Nous sommes des gens conditionnés et formatés à ne plus rêver des alternatives sociales équitables mais à consommer et posséder chacun dans nos clapiers de l’argent caca que l’on placera dans nos cercueils. Il n’est pas question non plus de rejouer l’horreur ou l’indifférence (îles Caïmans par exemple), ce ne sont plus des alternatives acceptables. Nous irons vers un changement non prédictible : vers l’anéantissement (la disparition de la planète) ou l’adaptation de notre espèce en chassant les nuisibles clairement identifiés. La guerre froide et la course aux armements permettaient déjà amplement de détruire la planète mais le danger est plus grave encore. Peu de personnes ont conscientisé, lors du sommet de Stockholm, l’horreur des chinois refusant de s’autoréguler au niveau de leur suprématie en pollution. Les écosystèmes détruits ne seront pas réparables et personne ne nous sauvera s’il n’y a pas de changement éducatif radical. Pour prévenir de la peste ; il faut éviter la prolifération des rats et nous devons faire de même face aux consortiums militaro-industriels, aux spéculateurs et aux politiciens, il faut faire disparaitre cette nuisance (pas les hommes mais les chancres qu’ils représentent).
Sur le plan personnel, les sujets sont malades de cette société sans sens autre que celui absurde du travail aliénant (de plus en plus et de plus en plus vite) où l’on ne prend plus le temps de fixer des limites/repères à nos enfants. Le prozac (euphorisant) est une drogue lénifiante qui fait fureur aux Etats-Unis ; chez nous ce sont davantage les psy, l’alcool et autres dérivatifs comme le sport regardé qui programmeront des sujets béats et soumis.
Lorsque je vais chez mes amis maliens, il n’y a pas d’argent ni de technologie mais un respect pointu des autres et c’est ce que nous devrions enseigner dans les familles et les écoles en interdisant par exemple la banalisation de la violence par les jeux vidéos et les consoles D.S. Nous sommes tous dans un sous-développement éthique et affectif profond, nous aimons nos enfants mais nous ne les maîtrisons pas ; alors, ils pètent les plombs et leurs repères et les parents divorcent. Rappelons-nous que l’amour est un mythe entre le désir vide et l’ennui de la répétition. Nous avons des devoirs d’éducateurs envers ces petits, celui de dire NON à ces technologies sournoises qui valorisent des héros solitaires et violents , comme CONNARD/CONAN le barbare.
Que nous montre la télévision : l’entraide et la coopération Nord/Sud, non mais des jeux où il faut être « le seul survivant » (KHO-LANTA) ou des séries américaines où la torture et les meurtres sont banalisés. Pourquoi n’y a-t-il pas la moindre chaîne programmant des émissions de réflexion sur les philosophies comparées ? Une éducation pour vivre ensemble. Le journal télévisé, lorsqu’il n’est pas monopolisé par les compétitions sportives, annonce négligemment la venue prochaine de nouvelles famines dans le Sahel (30% de précipitation en moins).
Nous avons réellement la possibilité technique de nourrir toute la planète et d’assurer une vie décente à tous démontre le sociologue suisse Jean ZIEGLER, chiffres à l’appui mais les gouvernements ne bougeront pas et on détruira les excédents agricoles européens alors que la famine frappera ¼ de l’humanité et nous ne bougerons pas non plus, nous les gens de gauche, leurrés par les partis socialistes ? Imaginez que vous avez un bébé squelettique dans les mains et qu’il rend le dernier soupir et peut-être auriez-vous alors une émotion. Mais nous sommes manipulés pour avoir bonne conscience, « médecins sans frontière » s’en occupe ou encore « SOS Faim » et où va l’aide bilatérale prévue au tiers-monde ? Le phénomène de la distance a été étudié en psychologie sociale : si vous demandez à un quidam de trancher la gorge d’un bébé avec un couteau, il refusera cette horreur, mais si vous le placez dans un bombardier et que vous lui dites de presser le bouton de largage, il va le faire et tuer des milliers de bébé vietnamiens, par exemple.
Les citoyens sont fatigués d’avoir été manipulés et abusés par les politiciens à la solde du grand capital, ils sont fatigués des élections obligatoires où les promesses ne sont jamais tenues (il faudrait donc arrêter d’en faire par démagogie), il y a une dépolitisation massive car personne n’est assez motivé pour lutter contre cette merde de la particratie (notre dernière chance aurait pu être les syndicats mais c’est trop tard, ils sont infiltrés avons-nous déjà dit). Les politiciens honnêtes dans les partis devraient œuvrer à leur propre sabordage et virer les technocrates (qui confondent service au public et rentabilité) mais c’est trop tard, les gens sont dépossédés des problèmes de la cité. La régression démocratique est comme un gigantesque tsunami qui noie les petits poissons mais s’il ne reste que les prédateurs, ils mourront tout seuls faute de proies.
C’est le mythe de Sisyphe, tout progrès relationnel vient d’un travail de maturation que nous accomplissons – ou non – sur nous-mêmes. Nous ne pouvons changer l’autre mais bien notre manière de réagir à l’autre (par la désobéissance civile par exemple). Mais tout progrès sera toujours récupéré et détourné par des avides de pouvoir personnel sans état d’âme et qui oublient de consulter les gens au nom de qui, en principe, ils parlent. Notons que le phénomène est complémentaire et beaucoup d’entre nous sont paresseux et adorent être dirigés par d’autres (la soumission exquise étudiée par le psychologue social Jean-Léon BEAUVOIS).
Nous sommes ennemis les uns des autres et ennemis de nous-mêmes. Ce serait à partir de là qu’il faudrait reconstruire une anthropologie émancipatrice de Soi et de la fraternité avec les autres. Dans une période de 1966 à 1968, nous étions sur la route en autostop (KEROUAC) et au bivouac le soir, les différents stoppeurs se rassemblaient et partageaient leurs quelques victuailles ; c’était le temps du franquisme en Espagne où les douaniers coupaient de force les cheveux longs des beatniks. Mais aujourd’hui, sous une autre forme, avec internet, nous voyons des jeunes qui voyagent et créent des amitiés de par le monde en demandant juste à d’autres jeunes de pays plus éloignés un canapé pour y passer une nuit, soit une réécriture d’un tourisme humain qui ne se coupe pas des autochtones et ne dépense pas un franc dans le système hôtelier, chouette ?
Nous sommes une seule race HOMO SAPIENS avec des diversités culturelles. Nos connaissances du cosmos nous laissent sans espoir devant l’immensité glacée. Notre galaxie est secondaire et notre soleil fatigué s’éteindra un jour, ce qui signifie que nous ne laisserons aucune trace sur la planète bleue car la terre elle-même disparaîtra.
En attendant, il nous reste cette espérance provisoire de l’humanité à construire en nous appuyant, non plus cette fois sur des religions avides de sang et de conversions forcées (djihad), mais sur la révolution à portée mondiale sur le modèle de la France de 1789 avec ses finalités : LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE et la chartre des droits de l’homme qui protège le faible contre le fort, l’enfant contre les abuseurs (curés ou soldats).
Entre la tecno-science handicapée affective et le retour annoncé des guerres saintes et barbares, nous n’avons que ce choix du milieu : réformer la mauvaise gouvernance de la planète (la seule utilisation du budget de la force de frappe britannique pourrait à elle seule faire démarrer l’économie sociale de tous les pays du Sahel sous réserve de la suppression des accords de corruption tacites de part et d’autre) et réinventer le concept de citoyen du monde. L’égalité restera toujours un vœu souhaitable dans l’absolu mais cependant, on pourrait interdire les inégalités nocives (comme le droit de polluer côté en bourse) et imposer correctement les grosses fortunes au prorata des gains ?
La liberté est impossible car nous serons toujours prisonniers de nos inconscients, déterminismes et préjugés mais on pourrait en partager une plus grosse portion en ne la confondant plus avec le néolibéralisme liberticide ? La fraternité enfin ne pourra jamais s’imposer par décret mais s’enseigner dans les écoles et se pratiquer dans les quartiers. Il existe réellement des peuples pauvres et fiers qui n’ont rien mais donneraient leur chemise car posséder des choses est un mythe alors que l’échange peut devenir une réalité. Et nous n’avons pas besoin d’une unanimité pour l’essayer, nous sommes l’écrasante majorité qui doit se réveiller.
Nous avons des ressources mentales dont nous ignorons encore à ce jour l’utilité, nous pouvons faire l’hypothèse que cette intelligence non éveillée pourra l’être un jour au service de la création d’une harmonie sociale. Toutefois, tout comme l’éducation doit être permanente, le combat social aussi. Il faut - sans haine , ni violence - se battre avec pugnacité contre les injustices sociales et les arrivistes pistonnés qui ne pensent qu’à leur pouvoir (le père et le fils SARKOSY par exemple), pour l’inaccessible étoile d’une humanité des droits de l’homme et de la femme et une démocratie planétaire participative, en sachant qu’il n’y a pas de récompense, juste l’avenir de nos enfants et la survie limitée de notre monde car tout est impermanent.
Jean-Marie LANGE,01-08.08.10
[1] MORIN Edgar, MA gauche, Paris, François BOURIN, 2010, p.237.
[2] MORIN Edgar, Ma gauche, Paris, François Bourin, 2010, p.108.
lundi 9 août 2010
jeudi 8 juillet 2010
L'impermanence
Le fini et l’INFINI du COSMOS
« Sur terre, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » (Antoine de Lavoisier)
Après notre saison de vie, nous jaunissons, nous nous ridons de craquelures et comme la feuille, nous tombons de l’arbre pour retourner au substrat humus.
Le temps linéaire est un concept inventé pour nous donner une structure facile à comprendre même s’il s’écoule doucement dans l’enfance puis trop vite dans la routine de la vie quotidienne. Seul existe le moment vécu dans sa pleine conscience.
Pour fuir la douleur physique et/ou la souffrance psychique, les gens ont inventés un paradis consolateur mais aussi la croyance au bonheur permanent dans une existence, ce qui ne peut être possible. Il y a des gens qui ont tellement mal qu’ils se saturent d’antidouleurs et ne sentent plus rien, même plus la vie ; d’autres sont tellement angoissés qu’ils se droguent au prozac ou autres anxiolytiques et survivent dans leur bulle.
Comme le dit en substance SPINOZA, la joie de l’instant ici et maintenant, elle, est possible mais demande à la fois du détachement (le lâcher prise de nos peurs et de nos colères) et de la concentration : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » disait HERACLITE. Tout coule, tout est impermanent. Les touristes qui croient fixer le temps sur une phot se trompent : ce n’est que du passé mort tandis que la conscientisation dans la minute de vie est. L’émotion du coucher de soleil sur Angkor Watt est dans le moment, non dans le chromos.
Pour le reste (ce qui n’est ni joie ni émotion), ce n’est que l’illusion produite par notre cerveau compatissant pour notre corps. Toutefois, nous avons la possibilité de penser la minute, au prix élevé certes de l’angoisse et des somatisations que les animaux n’ont pas, c’est coûteux mais intéressant. Cependant, ne soyons pas méprisants pour notre animalité « ce qui est en bas », celle-ci fait partie de notre entité éphémère et doit être respectée dans ses besoins ; tout comme, notre esprit « ce qui est en haut » doit être cultivé dans la compréhension. Les gens les plus en souffrance sont ceux qui ressentent les choses sans les comprendre et qui se fâchent sur les phénomènes qui leur échappent (le fonctionnement trop rapide d’un bancontact par exemple). FREUD a organisé une piste de lecture de la psyché axée sur le désir sexuel, un bon début mais il y a plusieurs chemins pour atteindre Rome et cela occulte tous les autres désirs qui nous traversent (la puissance, les objets, le bonheur permanent). La plupart des disputes entre humains sont dans les couples. L’autre du couple était ma passion et puis avec le temps, je ne le supporte plus : il y a une lassitude, de l’ennui répétitif et nous projetons sur l’autre nos insatisfactions, notre mal à être au lieu de rompre avec cette quasi-hypnose névrotique des habitudes.
En tant qu’homme, je m’interroge sur la complexité relationnelle, j’ai des amis agréables et généreux qui payent leur chope alternativement et avec qui on peut rire et s’apprécier mutuellement ; dès lors, pourquoi entre homme et femme ne pourrait-il pas en être ainsi (puisqu’il y a en plus l’opportunité du plaisir sexuel partagé) ? Mais tout ce détricote avec l’ennui et des femmes tombent en désamour de leur mec sans même en préalable une définition qui serait cohérente de l’amour à ne pas confondre avec la copulation. Les hommes, selon les flux hormonaux de testostérone seraient 4 à 5 fois plus agressifs que les femmes. Mais les caractères fluctuants des femmes seraient dûs aux œstrogènes opposés à la progestérone, d’où le trait de caractère affreusement médisant de femmes entre elles vis-à-vis de leurs hommes. Ils sont tous décevants, eux, paraît-il.
Pour ne pas glisser dans cette simplification désuète, notons que l’agressivité naturelle des hommes n’est pas un cadeau et dresse l’homme contre l’homme s’il est bien manipulé par des dominants politiques qui vont exploiter cette noire tendance par la guerre et les tortures dont le but n’est pas d’arracher des renseignements mais de faire souffrir l’autre, le frère, dans sa chair avant de le tuer.
Pour aliéner les hommes dans ce qu’ils ont de plus mauvais, les dominants politiques (l’oligarchie des fils de) utilisent la défense du sol sacré (le BHV des flamands séparatistes) et/ou l’envahisseur étranger. Cela nous irrite tous mais nous devrions dépasser cette propagande car il y a partout des hommes bons et des hommes mauvais (mariés à des chipies).
Essayons de fraterniser dans un respect pointu de nos différences culturelles au lieu de nous déchirer ou pire de baisser notre culotte avec nos politiciens (ce qui excite l’agressivité des autres qui n’en reviennent pas de notre lâcheté pour défendre nos droits de l’homme et de la femme).
Tout n’est qu’illusion, donc mourir pour des idées ou aussi bien l’amour romantique dans lequel la littérature comme la télévision nous formatent. Lorsqu’un couple se rencontre, il y a l’attrait sexuel, condition nécessaire mais non suffisante, puis l’affection et la tendresse, puis l’estime de l’autre donc le respect de son altérité et enfin les projets que l’on peut faire ensemble, ce que j’ai appelé la stabilité du tabouret à quatre pieds. Mais pour réussir ce multiples facettes, il faut au préalable s’aimer soi-même (narcissisme) : être capable de geste désintéressé sans compter, se trouver correct et probe et avoir aussi des projets car comment aimer l’autre si l’on ne s’estime pas assez.
Que de vieux couples sont ensemble par lâcheté (plutôt la routine que l’inconnu), aigris et se reprochant l’un à l’autre le miroir qu’il constitue pour le self de l’autre. Nous ne pouvons pas être libres : il y a trop de conditionnements culturelles et biologiques (hormones) pour revendiquer le libre-choix sur environ 80% de nos existences. Nous ne pouvons pas être égaux, les néolibéraux y veillent, le manque d’instruction scolaire aussi mais également l’inné, ce que nous héritons de la nature. Il reste donc une seule porte pour nous épanouir dans l’instant : les autres, la fraternité.
Notre existence est un moment de représentation, nous ne sommes pas la feuille mais l’arbre de l’humanité, disait Schopenhauer ; tout comme nous ne sommes pas la vague éphémère mais l’océan source d’autres vagues, disait avec sa poésie THICH NHAT HANH. Nous sommes les cellules non fusionnées d’un autre corps qui est celui de notre espèce humaine unique.
Savoir écouter l’autre et pouvoir reformuler ses idées sans lui imposer en réflexe les nôtres. Ne pas le juger mais être capable de voir ses qualités plutôt que ses défauts et pouvoir lui payer un verre sans compter, sans avarice même s’il gagne plus d’argent que nous. Ce que nous faisons, c’est pour le fun gratuit de l’éthique et non pour un quelconque devoir moralisateur basé sur la fumisterie d’un paradis. Nous vivons l’enfer sur terre mais la joie de l’autre est une lumière qui ne peut qu’enrichir la nôtre.
Jean-Marie LANGE, 07.07.2010
« Sur terre, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » (Antoine de Lavoisier)
Après notre saison de vie, nous jaunissons, nous nous ridons de craquelures et comme la feuille, nous tombons de l’arbre pour retourner au substrat humus.
Le temps linéaire est un concept inventé pour nous donner une structure facile à comprendre même s’il s’écoule doucement dans l’enfance puis trop vite dans la routine de la vie quotidienne. Seul existe le moment vécu dans sa pleine conscience.
Pour fuir la douleur physique et/ou la souffrance psychique, les gens ont inventés un paradis consolateur mais aussi la croyance au bonheur permanent dans une existence, ce qui ne peut être possible. Il y a des gens qui ont tellement mal qu’ils se saturent d’antidouleurs et ne sentent plus rien, même plus la vie ; d’autres sont tellement angoissés qu’ils se droguent au prozac ou autres anxiolytiques et survivent dans leur bulle.
Comme le dit en substance SPINOZA, la joie de l’instant ici et maintenant, elle, est possible mais demande à la fois du détachement (le lâcher prise de nos peurs et de nos colères) et de la concentration : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » disait HERACLITE. Tout coule, tout est impermanent. Les touristes qui croient fixer le temps sur une phot se trompent : ce n’est que du passé mort tandis que la conscientisation dans la minute de vie est. L’émotion du coucher de soleil sur Angkor Watt est dans le moment, non dans le chromos.
Pour le reste (ce qui n’est ni joie ni émotion), ce n’est que l’illusion produite par notre cerveau compatissant pour notre corps. Toutefois, nous avons la possibilité de penser la minute, au prix élevé certes de l’angoisse et des somatisations que les animaux n’ont pas, c’est coûteux mais intéressant. Cependant, ne soyons pas méprisants pour notre animalité « ce qui est en bas », celle-ci fait partie de notre entité éphémère et doit être respectée dans ses besoins ; tout comme, notre esprit « ce qui est en haut » doit être cultivé dans la compréhension. Les gens les plus en souffrance sont ceux qui ressentent les choses sans les comprendre et qui se fâchent sur les phénomènes qui leur échappent (le fonctionnement trop rapide d’un bancontact par exemple). FREUD a organisé une piste de lecture de la psyché axée sur le désir sexuel, un bon début mais il y a plusieurs chemins pour atteindre Rome et cela occulte tous les autres désirs qui nous traversent (la puissance, les objets, le bonheur permanent). La plupart des disputes entre humains sont dans les couples. L’autre du couple était ma passion et puis avec le temps, je ne le supporte plus : il y a une lassitude, de l’ennui répétitif et nous projetons sur l’autre nos insatisfactions, notre mal à être au lieu de rompre avec cette quasi-hypnose névrotique des habitudes.
En tant qu’homme, je m’interroge sur la complexité relationnelle, j’ai des amis agréables et généreux qui payent leur chope alternativement et avec qui on peut rire et s’apprécier mutuellement ; dès lors, pourquoi entre homme et femme ne pourrait-il pas en être ainsi (puisqu’il y a en plus l’opportunité du plaisir sexuel partagé) ? Mais tout ce détricote avec l’ennui et des femmes tombent en désamour de leur mec sans même en préalable une définition qui serait cohérente de l’amour à ne pas confondre avec la copulation. Les hommes, selon les flux hormonaux de testostérone seraient 4 à 5 fois plus agressifs que les femmes. Mais les caractères fluctuants des femmes seraient dûs aux œstrogènes opposés à la progestérone, d’où le trait de caractère affreusement médisant de femmes entre elles vis-à-vis de leurs hommes. Ils sont tous décevants, eux, paraît-il.
Pour ne pas glisser dans cette simplification désuète, notons que l’agressivité naturelle des hommes n’est pas un cadeau et dresse l’homme contre l’homme s’il est bien manipulé par des dominants politiques qui vont exploiter cette noire tendance par la guerre et les tortures dont le but n’est pas d’arracher des renseignements mais de faire souffrir l’autre, le frère, dans sa chair avant de le tuer.
Pour aliéner les hommes dans ce qu’ils ont de plus mauvais, les dominants politiques (l’oligarchie des fils de) utilisent la défense du sol sacré (le BHV des flamands séparatistes) et/ou l’envahisseur étranger. Cela nous irrite tous mais nous devrions dépasser cette propagande car il y a partout des hommes bons et des hommes mauvais (mariés à des chipies).
Essayons de fraterniser dans un respect pointu de nos différences culturelles au lieu de nous déchirer ou pire de baisser notre culotte avec nos politiciens (ce qui excite l’agressivité des autres qui n’en reviennent pas de notre lâcheté pour défendre nos droits de l’homme et de la femme).
Tout n’est qu’illusion, donc mourir pour des idées ou aussi bien l’amour romantique dans lequel la littérature comme la télévision nous formatent. Lorsqu’un couple se rencontre, il y a l’attrait sexuel, condition nécessaire mais non suffisante, puis l’affection et la tendresse, puis l’estime de l’autre donc le respect de son altérité et enfin les projets que l’on peut faire ensemble, ce que j’ai appelé la stabilité du tabouret à quatre pieds. Mais pour réussir ce multiples facettes, il faut au préalable s’aimer soi-même (narcissisme) : être capable de geste désintéressé sans compter, se trouver correct et probe et avoir aussi des projets car comment aimer l’autre si l’on ne s’estime pas assez.
Que de vieux couples sont ensemble par lâcheté (plutôt la routine que l’inconnu), aigris et se reprochant l’un à l’autre le miroir qu’il constitue pour le self de l’autre. Nous ne pouvons pas être libres : il y a trop de conditionnements culturelles et biologiques (hormones) pour revendiquer le libre-choix sur environ 80% de nos existences. Nous ne pouvons pas être égaux, les néolibéraux y veillent, le manque d’instruction scolaire aussi mais également l’inné, ce que nous héritons de la nature. Il reste donc une seule porte pour nous épanouir dans l’instant : les autres, la fraternité.
Notre existence est un moment de représentation, nous ne sommes pas la feuille mais l’arbre de l’humanité, disait Schopenhauer ; tout comme nous ne sommes pas la vague éphémère mais l’océan source d’autres vagues, disait avec sa poésie THICH NHAT HANH. Nous sommes les cellules non fusionnées d’un autre corps qui est celui de notre espèce humaine unique.
Savoir écouter l’autre et pouvoir reformuler ses idées sans lui imposer en réflexe les nôtres. Ne pas le juger mais être capable de voir ses qualités plutôt que ses défauts et pouvoir lui payer un verre sans compter, sans avarice même s’il gagne plus d’argent que nous. Ce que nous faisons, c’est pour le fun gratuit de l’éthique et non pour un quelconque devoir moralisateur basé sur la fumisterie d’un paradis. Nous vivons l’enfer sur terre mais la joie de l’autre est une lumière qui ne peut qu’enrichir la nôtre.
Jean-Marie LANGE, 07.07.2010
mardi 29 juin 2010
Pour une introduction à l'anthropologie sociale
GROUPE D’AUTOFORMATION PSYCHOSOCIALE
Association pour le développement de l’autonomie et de la participation sociale
Siège social : 40, rue Saint-Lô, BE 5060 FALISOLLE,
Président Patrick LECEUX 0496/627678 patrick.leceux@mac.com
Coordination pédagogique Jean-Marie LANGE: gap.belgique@skynet.be ;
Groupe d'Autoformation Psychosociale : Formations des adultes et actions humanitaires.
L'association de formation des cadres GAP est une asbl spécialisée en management associatif et en prévention des conflits de groupe. Elle se veut résolument sans but lucratif; aussi, lorsqu'elle dégage un quelconque bénéfice, elle conçoit le projet d'une aide humanitaire technique et ciblée au Tiers Monde. Hier, il s'agissait de formations d'animateurs ruraux et d'animateurs de gestion au Mali et aujourd'hui, c'est l'aide à des associations locales à MAKAMBA au sud Burundi. Notre association n'est pas subsidiée par la coopération au développement de Belgique. Le GAP est un opérateur de terrain qui se réclame de l'application des droits de l'homme et ne se réfère à aucune confession et à aucun parti politique.
Site http://soutien.et.autonomie.free.fr Blog : http://gap-belgique.blogspot.com;
CAPI N°28 juillet-août 2010
Pour une introduction à l’anthropologie sociale et culturelle
Introduction
Jacques LACAN, nous parle de trois états hiérarchisés de la conscience : l’imaginaire, le symbolique et la réalité.
1. L’imaginaire, c’est le désir d’un autre désir, un objet inaccessible, celui de posséder ce que l’on n’a pas (pas uniquement sur le plan sexuel) et puis de se lasser très vite de l’objet convoité (semblable à la cupidité pour l’argent) pour passer à autre chose.
2. Le symbolique, c’est le langage, un moyen pour la communauté d’échanger et de créer le lien social, non pas la seule conquête des politiciens qui sont tous dans le désir du pouvoir (la soif, l’avidité) mais l’engagement social dans la perspective de l’autre (qui étend ma liberté à l’infini), de l’égalité sans discrimination de statut, de couleur de peau ou de genre sexuel et la fraternité qui implique la solidarité puisque nous sommes tous frères de la seule espèce humaine ayant survécu : l’Homo Sapiens. Avec les autres, nous sommes plus forts tout en limitant notre imaginaire de toute-puissance par la sagesse du « vivre ensemble », mais nous devons aussi y ajouter la perspective de la beauté, celle de la voir, la constater, l’apprécier et la créer.
3. La réalité : « Nous ne voyons pas le réel mais seulement les représentations que nous nous en faisons » dit Epictète. A défaut d’atteindre à la perception juste du réel, nous pouvons toutefois, pour les sociétés du monde (excepté un certain islam fondamentaliste enfermé dans son délire de puissance religieuse obscurantiste), rechercher la réalité de la culture distanciant l’homme des animaux et de la nature par l’échange des femmes (exogamie), la société du don et du contre-don de Marcel MAUSS.
Au fond, ce sont les femmes qui mettent au monde tous les êtres mâles ou femelles, qui les élèvent et les conditionnent à leurs normes culturelles. Nous verrons que beaucoup de rites sont construits pour maintenir les femmes en sujétion par les hommes qui sont peut-être jaloux de leur pouvoir d’enfanter ? Notons à ce propos que le grand ancêtre d’un lignage a toujours eu besoin de la collaboration discrète mais essentielle d’une femme d’un autre clan/sang pour lui « porter » sa descendance.
DE QUOI S’AGIT-IL ? Qu’est-ce que l’anthropologie sociale et culturelle ?
C’est l’étude de l’homme, sans confiscation disciplinaire ou méthodologique. Par exemple, la psychanalyse étudie l’objet homme dans son individualité et ses rapports internes entre sa conscience et son refoulé, faisant fi de la dimension familiale, groupale et sociétale. De même et a contrario, l’ethnologie étudie les normes et valeurs de cultures différentes sans prendre en compte la complexité du sujet parfois déraciné de son terrain (les phénomènes migratoires des campagnes aux villes et vers l’Europe) et qui ne retrouve plus en interne son cadre culturel faisant sens pour lui. Il n’est pas nécessaire d’être un ethnologue de terrain pour étudier l’anthropologie. Marcel MAUSS, fondateur de l’ethnologie française, ne fut jamais ethnologue.
Distinguons donc l’ethnologie des sciences de terrain (analyse) qui met l’accent sur les différences culturelles spécifiques aux tribus de l’anthropologie (synthèse) proposant elle une articulation de ces travaux comparés mais pouvant aussi s’alimenter à d’autres modes de connaissance des hommes dans la globalité (recherche-action lewinienne, histoires de vie de l’Ecole de Francfort, etc.) soit une recherche des invariants pouvant définir le socle commun des hommes d’ici et de maintenant ou selon l’orientation de la préhistoire par exemple, les hommes cultivés ou acculturés, savants ou manuels, riches ou pauvres , hommes ou femmes,…
Il ne s’agit donc plus, comme au siècle dernier, d’étudier l’homme dans le dispositif du laboratoire rigide et aseptisé car l’homme n’est pas un rat et ses réactions de feed-back peuvent être multiples NI de gommer des particularités qui ne rentreraient pas dans un modèle théorique initial (le cas de FREUD qui à partir d’un seul cas –Anna O – biaisait ses observations pour les faire correspondre au lit de Procuste de son système.). L’étude de l’homme ne doit supporter aucun tabou et sûrement pas celui de la domination masculine sur le genre féminin ; la recherche en science humaine est délicate et doit toujours prendre en compte les interactions observateur-observé, elle ne peut être que de la science en mouvement dialectique ( Latour, 1995).
Le faussaire FREUD et son rituel de la psychanalyse
Ayant lu l’attaque médiatique dans le journal Le Monde (mai 2010), j’ai donc acheté la dernière brique de Michel ONFRAY relevant les incohérences de FREUD (Onfray, 2010) Bien sûr, FREUD développe des théories sur un cas isolé (projection) ; bien sûr, il est intellectuellement malhonnête de ne pas citer ses sources : Georg GRODDECK, Arthur SCHOPENHAUEUR, Friedrich NIETZSCHE dont les pensées sont à 80 % dans le best-seller de FREUD mais cela ne veut pas dire qu’il ne fut pas utile et bénéfique à quelques patients névrosés et fortunés de la bourgeoisie de Vienne dans son époque pudibonde où il parlait de sexe. Cela dit (après les 80 premières pages) , j’ai arrêté ma lecture de ONFRAY car un peu rabâchant dans un esprit de destruction et non dans un esprit constructif d’alternative (mais peut-être aurais-je dû lire davantage) .
Cependant, tous les ethnologues et anthropologues sont d’accord entre eux pour invalider le cœur de sa théorie portant sur le complexe d’Oedipe et le meurtre du père. C’était une vérité provisoire de la société bourgeoise viennoise au tout début du XX° siècle mais en aucun cas un principe invariant multiculturel aujourd’hui où nous dépassons l’anthropocentrisme et l’européocentrisme pour inclure le tiers-monde comme membre de la communauté culturelle et non « les grand enfants » des colons paternalistes.
La scission entre les sciences humaines et sociales et la psychanalyse est bien là, l’axe théorique de FREUD est un barrage à l’ethnologie comme à l’anthropologie. Le tabou de l’inceste reste commun mais non le meurtre du père car par exemple dans les sociétés matrilinéaires (et matrilocales), il peut y avoir une sagesse sociale qui sépare l’exercice de la parenté (Françoise Hériter, 1981) et le géniteur mâle. Le pouvoir sur le lignage est distinct de l’amant de la mère, c’est l’oncle utérin (frère de la mère) qui a le pouvoir dans la matrilinéarité. Il est le gardien de l’utérus, non son utilisateur. Il est possible que ce dispositif social soit antérieur aux sociétés patrilinéaires actuelles (les déesses-mères) dont le pouvoir viril se délite à grande vitesse dans notre monde moderne par carence de l’autorité phallique paternelle. Autrement dit, le frère de la mère du petit est chef du lignage et non le père géniteur qui est un copain de jeu érotique de la mère mais n’a rien à dire à ses enfants (ce que nous constatons de plus en plus dans notre modernité), soit un système opposé à l’union conjugale modèle des européens.
Notons enfin que si l’imposture freudienne (qui a duré presque un siècle) avait réussi à monopoliser l’anthropologie, nous serions dans un monde raciste puisque « les groupes des sociétés exotiques ont des comportements infantiles et névrotiques » (FREUD, 1975) d’où en interprétation , la supériorité dite « rationnelle » des ethnies blanches alors que les névroses sont des maladies psychiques qui leur sont particulières et liées au surtravail, nous dit JANET (Janet, 1986).
La matrilinéarité et la revalorisation du genre féminin
L’interdit incestueux du jeune mâle est particulièrement fort vis-à-vis de ses propres sœurs car, à la mort de l’oncle, ce sera lui le chef du lignage qui devra marier ses sœurs et représenter l’autorité pour leurs enfants, soit la « fonction du père » entre guillemets. Le père biologique étant plutôt un compagnon de jeu pour ses enfants, la sagesse de la matrilinéarité est donc de ne pas confondre l’autorité du lignage avec la puissance sexuelle du géniteur.
Les concepts de père, d’oncle ou de frère sont liés entre eux par le référent femmes circulantes. C’est par rapport à elles que se déterminent les statuts et les places respectives des mâles. C’est ce que nous voyons encore dans nos familles nucléaires, où la mère doit présenter aux enfants le père comme leur autorité pour qu’il soit reconnu par eux.
Nous pouvons déjà faire l’hypothèse que si les hommes ont créé les sociétés d’initiation masculine, c’est pour contrebalancer l’énorme pouvoir de leurs compagnes. Elles font des enfants, elles travaillent à la gestion de la maison et elles confirment le statut de l’homme qui peut être, selon les sociétés, l’amant compagnon de jeu ou le père de l’autorité symbolique sur les enfants. C’est elle, la femme qui présente le père aux enfants et lui donne ou non à leurs yeux son pouvoir éventuel de phallus. Notons la fragilité des hommes en comparant avec nos élevages domestiques où les vaches, les truies, les femelles en général sont élevées comme source de développement et où l’on conserve parfois par folklore ou nostalgie un taureau ou un verrat alors que le sperme en paillettes congelées dans l’azote liquide peut les remplacer pendant des centaines d’années (le procédé FIVETE : Fécondation in vitro et transplantation d’embryon)
La femme n’est pas seulement l’avenir de l’homme (Jean Ferrat) mais sa légitimité sociale. Les femmes sont les signifiants qui permettent la prose du message des pères, frères ou cousins qui ne bougent pas et sont en quelque sorte le signifié de la lettre. Les homme (YANG) n’existent qu’en fonction des femmes et de la mémoire de leur circulation du foyer du père ou de celui de l’oncle.
On a souvent pensé que la femme était la nature car plus proche du corps et de l’intuition du cerveau droit (YIN) alors que pour l’anthropologie culturelle, c’est la reine du jeu d’échecs. Elle (elles) est la culture incarnée, c’est elle qui permet au petit d’homme d’advenir à sa culture par l’éducation.
Deux courants de l’anthropologie aujourd’hui
2.1. Claude Lévi-Strauss et Marcel Mauss
Pour ce disciple de Marcel MAUSS et fondateur du structuralisme (de Saussure, Lacan,…), le degré zéro des sociétés est constitué par les communautés humaines a minima en organisation duale où des hommes échangent leurs femmes avec ceux de l’autre moitié. La fondation est le tabou de l’inceste : il est obligatoire de donner et de s’interdire positivement les femmes de son propre clan.
La circulation constante du don (des femmes de la tribu, des dots et/ou du potlach) est « l’étant social », l’interdit n’en constituant que le prétexte ainsi que ses explications savantes sur les risques de la consanguinité. Ce mécanisme élémentaire fait passer l’homme du statut de nature de l’animal à celui de culture avec cette première institution de l’échange. Cette « petite loi » positive met en circulation les femmes et les biens car, si nous n’avons pas une autre femme de la famille à échanger, il y a alors le système de la dot (des biens de substitution comme du bétail, des couvertures, de l’argent, etc.) pour rappeler la mémoire de la fille ou de la sœur donnée. On n’est plus dans un « huis clos » oedipien avec papa, maman et moi mais face à une loi naturelle plus essentielle qui permet le marché, l’échange qui anime la vie sociale et le brassage des gènes.
Lévi-Strauss est le disciple de Mauss, cela apparaît tout particulièrement dans sa longue introduction à l’ouvrage « Sociologie et anthropologie » (MAUSS, 2009). Mauss définit la vie sociale comme « un monde de rapports symboliques » et dit en substance que le symbolisme est le substrat des modèles cuturels.
Il y a une dialectique car le sujet ne naît pas sur une page blanche et trouve une société déjà là avec ses normes et ses valeurs qui vont constituer à environ 80% ses déterminismes sociaux ne fut-ce que par l’éducation et inculcation de la petite enfance. Toutefois, ce même sujet culturel a sa personnalité et il va – avec elle – influencer les caractéristiques institutionnelles de sa société. Le monde préexistait et devient autre par les actions des sujets (pire ou meilleurs, c’est une autre question).
La nature de la société s’exprime symboliquement dans ses us et coutumes et dans les institutions qu’elle institue mais en même temps, elle évolue par les conduites individuelles normales qui modulent le système de représentations symboliques qui ne peut être , dans un même espace temps, que collectif.
Les citoyens instituants, porteurs de changement deviennent des assujettis, des consommateurs de la pensée unique néolibérale et sont scotchés chez eux dans le ghetto familial et télévisuel, réclamant du pain et des jeux par procuration (les reality show). La société a forgé une nouvelle religion laïque et égotiste : le psychologisme. Celui-ci est axé sur les travers psycho-pathologiques ; or, en principe pour toutes les sociétés il y a des troubles mentaux qui sont des exceptions des formes normalisées dans l’ordre collectif (donné soi-disant par les ancêtres alors que toute société est en constante évolution). Les chamans sont des névrosés ayant vécu une reliance et se plaçant au service de leur société. Leur force magique n’est pas due à leur personnalité mais à l’attitude prise par la société à leur égard (locos et guérisseurs).
Les ethnographes confirment que les chamans sont des gens tout à fait normaux en-dehors de leurs crises de possession suscitées à la demande d’un « patient ». Notons que la possession par la participation collective est ouverte à tous alors que le phénomène de transe dans nos sociétés est vécu comme une intrusion psycho-pathologique (un démon qui nous a pénétrés de force), une entité extérieure logée dans le corps comme un microbe. Dans le tiers-monde, ce type d’Etat Modifié de Conscience (EMC) suscité par des danses/transes collectives est un honneur, celui de devenir le cheval du génie. Pour les chamans en catalepsie, c’est un combat, ils quittent leur corps pour récupérer l’âme d’un patient aussi bien dans le monde d’en-haut que dans le monde d’en-bas. La ritualisation du phénomène est en soi un effet placebo, nous en reparlerons dans l’ethnopsychiatrie.
On pourrait faire l’hypothèse que les prétendus troubles mentaux (inconnus de la médecine physiologique) sont des incidences sociologiques dues à la conduite d’individus que leur histoire de vie a partiellement dissocié du groupe. On dit souvent dans nos termes qu’il faut avoir soi-même souffert pour répondre par une compassion adéquate à la souffrance d’autrui. Une théorie purement sociologique des troubles mentaux pourrait voir le jour sans que les médecins physiologistes découvrent un substrat bio-chimique des névroses.
Toute culture est un ensemble symbolique où se placent le langage, les règles matrimoniales, les rapports économiques, l’art, la science, la religion ou la laïcité. Une société est toujours inscrite dans l’ici et maintenant du temps et de l’espace et donc également en contact avec d’autres sociétés ainsi qu’avec les états antérieurs de son propre développement (le colonialisme par exemple). Il se peut qu’un jour, nous n’ayions plus qu’une seule culture mondialisée.
Notons que toute société sera toujours à la fois symbolique et imaginaire (Castoriadis, 1975) et donc certains de ses membres resteront leur vie durant dans le versus imaginaire et d’autres participeront par leurs pensées et actions à la vie sociale. Ce sera toujours l’homme sain d’esprit qui s’aliène dans le travail puisqu’il consent à exister dans un monde psychosociologique de la relation entre l’ego et autrui. Le refus de l’aliénation correspondrait donc aux psychoses (Foucault, 1977 ). Il y a complémentarité entre le psychique et le social. Le fait social total comprend trois dimensions imbriquées :
4. La dimension sociologique (avec la culture d’appartenance ; la synchronie),
5. La dimension histoire de vie (diachronie) avec les faits marquants de l’existence d’un sujet,
6. La dimension physio-psychologique (les ressentis du corps et de l’esprit).
Au sein de ces trois dimensions, il y a des sous-dimensions pour le social par exemple, les modalités juridiques, économiques, esthétiques, religieuses, etc. Dans l’histoire de vie : la naissance et la petite enfance, l’enfance et l’adolescence, l’éducation, le mariage, les enfants du couple, la séparation, le veuvage,etc.
Dans le corps/esprit, il y a les secrétions hormonales, les réflexes, le tonus, l’affectivité, les passions, les grosses fatigues, etc. avec les représentations conscientes et inconscientes de l’esprit : les pleurs sur soi, les rancoeurs, les frustrations, la pensée positive, etc.
La psyché est simple avec ses perceptions, ses émotions et ses sentiments, elle reflète le symbolisme qui la déborde et elle synthétise la seule portion de la réalité qui est concevable pour elle (car il est difficile de conscientiser le temps, l’espace et in fine la mort).
Il faut que l’observateur s’observe observant (Morin), qu’il questionne ses troubles et préjugés car il fait un avec son objet d’étude qui l’observe aussi et qui l’influence. En plus de la complexité, il faut être capable d’observer la totalité du dehors, comme une chose dont nous sommes aussi un élément (par exemple, nous sommes une partie intégrante du cosmos) et l’anthropologue doit avec empathie également chercher à se mettre à la place de son informateur - soit une intersubjectivité, dit Habermas - pour approcher au mieux une objectivité relative. L’anthropologie sociale et culturelle est un nouvel humanisme.
Enfin pour Lévi-Strauss et Mauss, la catégorie inconsciente ne serait pas, comme chez Freud, la centration sur un ego qui s’est inventé une persona (personnalité) mais comme une « catégorie de la pensée collective » différente des archétypes de la nuit des temps de l’humanité de la pensée de JUNG. L’inconscient social serait ainsi le médiateur entre le Soi et les autres ; autrement dit, au lieu de nous focaliser sur notre nombril, nous nous approchons de notre moi interne le plus secret qui nous relie à des formes d’activité à la fois nôtre et des autres, conditions de l’ensemble de l’humanité des vies mentales de tous les hommes et de tous les temps.
La psychanalyse s’axe sur un moi subjectif et l’inconscient pour évoluer vers un moi objectivant ; l’anthropologie prend un autre chemin, elle part d’un moi objectivant rationnel pour rencontrer les autres objectivités de la fraternité humaine et du MANA (de la force) pour saisir la beauté du tout.
« L’erreur provient de la confusion entre deux inconscients, qu’il est nécessaire de distinguer : l‘inconscient idiosyncrasique et l’inconscient ethnique ; il est certain que les symptômes chamaniques appartiennent au segment ethnique de la personnalité du chaman plus qu’à leur position idiosyncrasique dans leur inconscient, mais cela ne veut pas dire, sous prétexte que ces symptômes sont standardisés et que le chaman joue un rôle dans la société, qu’il soit « normal » ; disons simplement que les conflits névrotiques sont structurés à travers les conventions d’une société et qu’ainsi son comportement est adapté à ce que les membres de cette société attendent de lui : il ne reste pas moins qu’il est un névrosé, et que le groupe auquel il appartient le sait bien - puisqu’il le met à part. »[1]
2 .2. L'ethnopsychiatrie de Georges DEVEREUX
"Et c'est cela que je perçois"(DEVEREUX)
"Nous pouvons réduire artificiellement nos angoisses en considérant la torture des prisonniers simplement comme une "coutume", ne niant donc implicitement que ces pratiques aient quelque rapport avec des êtres de chair et de sang, avec lesquels nous aurions à nous identifier. En augmentant délibérément la distance sociale entre soi et les indigènes, l'ethnologue peut ignorer ses propres angoisses et étudier leurs coutumes comme si la culture n'affectait pas la vie humaine; cependant, il est inutile de préciser que les angoisses ainsi niées se reportent sur d'autres sujets. De nombreux culturologues sont hostiles à ceux qui étudiant la coutume en rapport avec l'homme, principalement parce que cette approche plus compréhensive menace de réintroduire l'élément humain (psychologique) anxiogène dans leur monde – soigneusement stérilisé d'affect -, de "pures" coutumes et institutions."[2]
FREUD a construit sa méthode d'investigation, la psychanalyse, sur le concept du transfert. Pou l'ethnopsychiatre DEVEREUX, c'est l'analyse du contre-transfert de l'observateur qui est significative. Le meilleur informateur du comportement ne peut être que nous-mêmes et nos réactions auto critiquées systématiquement. Au fond analyser nos propres angoisses et inhibitions face aux événements extérieurs, y compris l'écho affectif que le transfert du patient sur nous provoque en nous.
Malgré notre désir de créativité et d'ouverture d'esprit, nous ne pouvons pas échapper à l'influence des modèles culturels de notre époque et de notre ethnie. Ces modèles nous enseignent comment être conforme et comment nous rebeller contre eux. Un modèle alternatif qui utilise juste une défense inconsciente est autodestructeur mais s'il est utilisé consciemment et représente une sublimation, il peut être fécond. "L'observateur s'observe constamment en train d'observer" nous dit MORIN. Nous pouvons observer les mœurs d'un peuple lointain mais pas toujours conscientiser les aveuglements idéologiques de notre propre culture dans laquelle nous baignons depuis la tendre enfance. La question de la recherche participante est dans la nature de notre idéologie : est-elle induite par le code brutal, négatif et irrationnel du surmoi ou induite par les fantasmes de maîtrise de l'Idéal du moi ?
L'analyse instrumentale nous fournit des données, des résultats statistiques mais le nombre de "bits" zéro ou un ne parle pas le langage des émotions, il est nécessaire en sciences humaines que l'observateur en tire une hypothèse technique avec son intuition : pouvoir dire au lecteur par exemple : "pour moi, subjectivement, cela signifie que…". Quels que soient les filtres que nous inventons pour limiter notre subjectivité (et neutraliser notre angoisse), il y a toujours le moment du choix, de la décision qui nous fait privilégier dans une contradiction dialectique un pôle à l'autre.
Le scientifique qui se pense observateur neutre pour étudier une relation humaine est un croyant objectiviste car il y aura toujours interaction entre l'acteur et l'observateur. En sciences du comportement, trois axes s'enchevêtrent : le comportement de l'acteur, les perturbations produites par la présence de l'observateur et les réactions de l'observateur, aussi bien ses angoisses que ses choix d'attribution d'un sens à ce qu'il voit. La pseudo neutralité d'un chercheur en sciences humaines est hypocrisie et perte de temps, la seule pratique utile pour créer une science de l'humanité est celle où les hommes sont à l'écoute de leur propre humanité et de ce qu'ils ressentent au fond du cœur en lien avec le sujet non aseptisé de leur étude.
Le comportement de l'homme est complexe et ne peut être réduit à un éclatement des variables et à une simplification linéaire stimulus-réponse comme dans les sciences "exactes". Les résultats statistiques tout comme les bilans comptables et les équations mathématiques ne disent rien, n'ont aucun sens brut; la finalité première est dans leur interprétation et peut-être aussi de créer un bluff intimidant, tout comme les jargons savants et technocratiques. On peut être psychologue sans réaliser un X carré ou autres équations statistiques, tout comme on peut être un excellent statisticien sans être psychologue.
Lors d'un entretien en face à face dans une relation thérapeutique de pouvoir, le patient apprend plus sur l'analyste que le contraire car l'analyste en faisant beaucoup d'effort pour cacher sa particularité révèle indirectement par son déguisement la forme de ce qui est caché. Quel que soit l'art de la dissimulation de l'intervenant il échouera dans son leurre car le mécanisme parlera de lui-même. La seule technique d'approche relationnelle fiable est celle où l'on reste authentiquement soi-même.
Un diététicien qui calcule les calories d'une ration alimentaire pour un sujet boulimique se trompe d'objet. Peut-être l'obèse a-t-il aussi un désordre endocrinien mais son principal cri est : "je m'empiffre de douceurs parce que personne ne m'aime !" Il en va de même lorsque l'on réprime le substrat culturel de quelqu'un d'une autre ethnie. Le médecin physicaliste qui dit à un africain que les Djins (génies) sont des conneries étouffe l'identité de soi du sujet et l'aspect relationnel. Le sujet va protester par une résistance non-dite, il va se renfermer, à cette dévalorisation de sa conscience culturelle. Mais le pire frein à une relation thérapeutique est dans le déni de notre impact de stimulus par cette condamnation.
Nous ne nous connaissons pas assez nous-mêmes et nous n'avons pas (plus) envie de nous remettre en question d'où notre masque (de blanc) derrière une doctrine du genre "FREUD a dit…". La perception du contre-transfert est une dialectique où lorsque le patient déclare : "Quoi, vous n'êtes qu'un vieil homme au nez crochu, ridé, voûté et gras !", il faut pouvoir entendre à la fois le conflit porté par l'ironie triomphante et dédaigneuse et la réalité du Soi physique dont nous offrons l'image et donc ne pas y répondre du tac au tac avec une répartie revancharde mais s'interroger tout haut sur ce courroux reçu et ce qu'il évoque dans notre cœur. Puis seulement après "digestion rapide zen" et en exprimant le non-dit de façon courtoise, transparente et non agressive, analyser globalement l'implicite de cette transaction, ce que DEVEREUX appelle la méta communication. Ce sera par ce type d'interaction vraie que l'observateur – sans tomber dans une polémique stérile – peut initier chez l'autre de nouvelles attitudes plus pertinentes et donc infléchir un comportement trop carré, trop jugeur, trop blessant.
Nous sommes à l'opposé du béhaviorisme et de la psychologie du comportement de SKINNER; si le rat est privé de raisonnement, le chercheur lui doit pouvoir récupérer le sien pour développer une pensée créatrice et non-conformiste (vis-à-vis des protocoles scientifiques par exemple). Dans une recherche action, on réintroduit la vie et on intègre l'observateur dans ce qu'il observe sans scotomiser les variables dérangeantes, comme des éléments anxiogènes, en les qualifiant de biais expérimentaux. Il n'y a pas un observateur et un rat décervelé mais deux personnes en réciprocité : si dans la théorie de l'information, on élimine les "bruits", ici au contraire, on les étudiera avec attention. Si le nourrisson n'a pas de réponse à ses appels, il ne perçoit pas qu'il y a peut-être simplement une absence mais que ce défaut de réponse est un signe de méchanceté voire de mort à son encontre. Il en va de même face au silence de l'analyste qui peut s'interpréter comme transfert négatif de mort et augmenter la culpabilisation vis-à-vis du désir inexprimé du patient de voir l'analyste mort (cf. la castration oedipienne), nous dit DEVEREUX.
" Cela n'est et ne peut être le but de la psychanalyse ni d'aucune autre science du comportement. Le couteau de castration, réel ou symbolique, a joué pendant bien trop longtemps un rôle souverain dans l'évolution des sociétés oppressives et brutalement centrées sur le Surmoi, reposant sur des masses de mutilés physiques, affectifs et intellectuels parfaitement découragés. Elles ressemblent aux sociétés d'abeilles qui reposent sur le travail des abeilles ouvrières soumises à une castration hormonale par un régime restreint. Il est grand temps de se rendre compte qu'une société et une culture qui ne peuvent faire face à la spontanéité des êtres vivants qu'en la tronquant brutalement va aussi rapidement à sa perte qu'une science qui cherche l'objectivité sur l'homme au prix de sa dépersonnalisation."[3]
DEVEREUX se réfère à à la psychanalyse américaine très différente de la psychanalyse française de Jacques LACAN qui mise sur la déstructuration du sujet jusqu'à laisser émerger une révolte intérieure. Pour DEVEREUX (et la psychanalyse américaine, donc), c'est l'inverse qui est mis en œuvre. En psychanalyse européenne, on pourrait caricaturer en disant que si un patient ne guérit pas, "c'est de sa faute !".
DEVEREUX précise aussi que si, sur un plan individuel, il faut aider les névrosés à surmonter leur malheur; sur le plan social, il est important de travailler l'autoformation des personnes en bonne santé afin d'augmenter leurs potentialités en renforçant leurs sublimations. L'intervenant psychosocial qui étudie l'homme sait qu'il s'étudie aussi lui-même de façon permanente, une autoanalyse constante.
Les théoriciens de la psychanalyse ont oublié que le départ était un système de postulats et on découvre parfois à notre époque des études qui sont un construct d'abstraction et de concepts ne reposant sur aucun fait. "L'inconscient est structuré comme un langage" dit LACAN et donc, comme en mathématique, aussi langage, on peut faire dire n'importe quoi de façon grammaticale et cela n'est plus une description se voulant objective de la réalité et donc cela n'est pas légitimant comme science, fut-elle humaine et "molle". Donc la psychanalyse qui traite des concepts comme s'ils étaient des réalités est bien plus une mythologie qu'un traitement ethnopsychiatrique d'une possession par un Djin "tonique" car la guérison peut être avec d'autres chemins observable avant la mort du patient. L'inconscient n'est pas observable puisque s'il devient observable, il cesse d'être inconscient. Mais dans d'autres cultures, des personnes non analysées comme les poètes et les chamans par exemple ont un sens de l'inconscient et l'utilisent avec une grande habileté.
"Les yeux et les oreilles sont pour les hommes de piètres témoins, s'ils ont des âmes qui n'en comprennent le langage." (HERACLITE). Une empreinte de pas sur le sable est un message qui ne dit rien de pertinent sur les émotions de la personne mais la transformation de ce qui est envoyé par mon nerf optique en données aux cerveaux va interagir avec ce qui est perçu/reçu/admis par mon esprit. Ce qui dans un contexte donné (la cure par exemple) peut être traité comme étant "dedans" peut dans un autre contexte culturel (la transe par exemple) être traité comme étant "dehors". Les évènements intérieurs les plus cohérents sont ceux de la psyché de l'observateur plutôt que ses projections sur l'autre et ses explications théoriques.
DEVEREUX évoque le principe d'exclusion de BOHR (1934, 1937) pour dire en quelque sorte que plus on veut étudier de manière structurée un phénomène et plus celui-ci s'atténue au point de disparaître. Cette théorie, reprise en 1947, dite de BOHR et de JORDAN, a démontré que si on veut étudier la vie de façon radicale, on pénètre si loin dans l'organisme que l'on perturbe son état essentiel et que l'on détruit la vie que l'on voulait étudier. Une explication totale d'un phénomène est une réduction instrumentale qui implique la négation de son existence. Toute étude psychologique qui essaie d'exclure le vécu soit en transformant le sujet en une "préparation expérimentale" soit en éliminant la conscience awaraness de ses explications personnelles équivaut à une liquidation qui dissout le sujet que l'on voulait étudier. L'étude réelle d'une "préparation" ne fournit d'information que sur des préparations et non sur des rats ou des hommes.
L'intervenant occidental doit jouer le jeu à fond, devenir homme de théâtre, se fondre dans la peau du personnage guérisseur et y croire et c'est seulement ainsi que le melk peut se présenter devant lui. Il s'agit d'envisager cet être avec le même sérieux que les populations qui le connaissent, ce n'est pas de la moquerie ou de la parapsychologie de superstition dont un universitaire très con pourrait se gausser mais c'est entrer dans la relation selon les normes et valeurs de l'autre.
Il est plus intéressant pour guérir le patient possédé de s'intéresser à l'autre de lui, de l'identifier et de lui demander ses intentions et ses exigences pour qu'il laisse le patient en paix (les bases de l'exorcisme en quelque sorte); il faut prendre l'être ou les êtres possesseurs au sérieux et parler avec eux. C'est également la pratique de l'autohypnose de Milton ERICKSON qui parle avec l'inconscient de son patient.
Un groupe (y compris un groupe professionnel comme les psychologues) doit pouvoir se jauger à la souplesse de sa dynamique de groupe, à sa capacité à intégrer les particularités apportées par les nouveaux membres. La psychanalyse semble être morte avec FREUD car personne n'a écrit avec évolution sur cette théorie du maître, uniquement des évangiles. La psychologie occidentale est une initiation à la déception : on comprend que l'existence est bien plus pauvre que ce qu'on l'avait imaginé, on accepte la désillusion au nom du principe de réalité. La psychologie orthodoxe (mais juive) est un oeuvre d'appauvrissement du monde, un grand nettoyage avec détergent pour faire disparaître notre colère. Le but est la poursuite des démons pour les éliminer (vade rétro satana) alors que dans la clinique des thérapeutes de l'autre monde, on fait au contraire une place pour les reconnaître et leur rendre un culte : les démons présentifient la colère et l'expliquent et la nier est insensé ! "Est-ce à ta propre nature que la psychanalyse t'initie ? Quand tu soumets un homme yoruba à une initiation yoruba, tu obtiens un Yoruba. Maintenant, lorsque tu soumets un quidam à une initiation psychanalytique, tu obtiens quoi ? Un défenseur de la cause ! C'est par ce phénomène que la psychanalyse ressemble à une secte. (…) Qu'est-ce qu'une secte? Ce n'est pas le fait qu'on initie les gens qui caractérise une secte, pas davantage le fait qu'on les trompe…C'est qu'on fabrique des personnes ex nihilo, qui ne correspondent pas à leur "nature" – du coup, elles ne peuvent vivre qu'entre elles, parce qu'elles n'ont de semblables qu'à l'intérieur de la secte."[4]
En résumé, Georges DEVEREUX, élève également de Marcel MAUSS, fondateur de l’ethnopsychiatrie est proche de l’actuelle psychosociologie relationnelle et de l’analyse systémique et centré sur le contre-tranfert de l’intervenant au lieu de classer les résistances du sujet comme « normales ». Avec lui, il y a interaction et implication de l’observateur et de l’observé et le coach va dire bien haut sa subjectivité : « Et c’est cela que je perçois ! ». Il n’y a plus un être couché sur un divan qui parle face au vide, il y a deux hommes debout face à face, le scientifique s’impliquant avec sa propre humanité et son empathie (comme les chamans) pour la personne en souffrance.
Il ne s’agit plus d’étudier avec une distance affective des coutumes et des institutions différentes mais au contraire d’une façon plus compréhensive en n’éliminant pas l’élément humain (psychologique) anxiogène de la relation, ce n’est plus un monde stérilisé d’affect mais une implication andragogique. L’intervenant va proposer une analyse face à une rebellion compulsive ainsi que des pistes d’action concrètes à vérifier pour sortir d’une boucle névrotique.
Nous ne pouvons pas échapper à nos modèles culturels mais nous pouvons y faire un tri. Le moi se crée constamment. Le modèle est stérile et destructeur si c’est une défense inconsciente rabâchée constamment. Par contre, le modèle est fécond s’il est conscientisé et sublimé pour nous créer nous-mêmes. Certes, nous ne serons pas tous des génies mais on n’est pas pour autant obligé de rester sot. Nos société oppressives ont joué avec le surmoi du couteau de la castration symbolique. Nous coexistons avec des masses de mutilés physiques, affectifs et intellectuels, il y a de moins en moins d’utopie et de spontanéité créatrice car les gens s’éteignent à la lueur blafarde de leur écran (téléviseur et ordinateur). Toute psychologie qui essaie d’exclure l’expérience vécue, soit en conditionnant le sujet en une préparation (la cure), soit en éliminant la conscience profonde AWARENESS de ses explications et constructions équivaut à une liquidation de l’objet ; l’homme est alors anéanti.
A la suite de DEVEREUX, NATHAN se sert de sa thérapie pour désenvoûter des victimes de sectes comme les trop connus "Témoins de Jéhovah" ou "Eglise de la scientologie" de Ron Hubbard, auteur de science fiction. En effet, ce n'est pas parce qu'une personne a réussi à sortir de l'emprise physique d'une secte qu'elle en est débarrassée, il faut encore que la secte sorte de l'esprit de la personne. Le travail de NATHAN est donc de reconstruire la façon dont la secte a organisé son système de capture pour restituer le processus mental autonome à la personne et l'aider ainsi à se reconstruire de l'extérieur vers l'intérieur. « Je considère que les thérapies traditionnelles (par exemple, les rituels de possession, la lutte contre la sorcellerie, la restitution de l’ordre du monde après une transgression de tabou, la fabrication d’objets thérapeutiques, etc.) ne sont ni des leurres, ni de la suggestion, ni des placebos. Pour moi, ces pratiques sont réellement ce que leurs utilisateurs pensent qu’elles sont, des techniques d’influence, la plupart du temps efficaces, et par conséquent digne d’investigations sérieuses. »[5]
Jean-Marie Lange, formateur GAP.
[1] BASTIDE Roger, Préface à l’édition des Essais d’ethnopsychiatrie générale (Devereux, 1987,VIII) cité par Lioger Richard, La folie du chaman. Histoire de l’etyhnopsychanalyse, Paris, PUF, 2002, p.64.
[2] DEVEREUX Georges, De l'angoisse à la méthode dans les sciences du comportement, Paris, Flammarion, 1986, p.134.
[3] DEVEREUX, ibid, p. 228.
[4] CLEMENT Catherine & NATHAN Tobie, Le Divan et le Grigri, Paris, Odile Jacob, 2005, p. 117-118.
[5] NATHAN Tobie, L’influence qui guérit, Paris, Odile Jacob, 1994, p.37.
Association pour le développement de l’autonomie et de la participation sociale
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CAPI N°28 juillet-août 2010
Pour une introduction à l’anthropologie sociale et culturelle
Introduction
Jacques LACAN, nous parle de trois états hiérarchisés de la conscience : l’imaginaire, le symbolique et la réalité.
1. L’imaginaire, c’est le désir d’un autre désir, un objet inaccessible, celui de posséder ce que l’on n’a pas (pas uniquement sur le plan sexuel) et puis de se lasser très vite de l’objet convoité (semblable à la cupidité pour l’argent) pour passer à autre chose.
2. Le symbolique, c’est le langage, un moyen pour la communauté d’échanger et de créer le lien social, non pas la seule conquête des politiciens qui sont tous dans le désir du pouvoir (la soif, l’avidité) mais l’engagement social dans la perspective de l’autre (qui étend ma liberté à l’infini), de l’égalité sans discrimination de statut, de couleur de peau ou de genre sexuel et la fraternité qui implique la solidarité puisque nous sommes tous frères de la seule espèce humaine ayant survécu : l’Homo Sapiens. Avec les autres, nous sommes plus forts tout en limitant notre imaginaire de toute-puissance par la sagesse du « vivre ensemble », mais nous devons aussi y ajouter la perspective de la beauté, celle de la voir, la constater, l’apprécier et la créer.
3. La réalité : « Nous ne voyons pas le réel mais seulement les représentations que nous nous en faisons » dit Epictète. A défaut d’atteindre à la perception juste du réel, nous pouvons toutefois, pour les sociétés du monde (excepté un certain islam fondamentaliste enfermé dans son délire de puissance religieuse obscurantiste), rechercher la réalité de la culture distanciant l’homme des animaux et de la nature par l’échange des femmes (exogamie), la société du don et du contre-don de Marcel MAUSS.
Au fond, ce sont les femmes qui mettent au monde tous les êtres mâles ou femelles, qui les élèvent et les conditionnent à leurs normes culturelles. Nous verrons que beaucoup de rites sont construits pour maintenir les femmes en sujétion par les hommes qui sont peut-être jaloux de leur pouvoir d’enfanter ? Notons à ce propos que le grand ancêtre d’un lignage a toujours eu besoin de la collaboration discrète mais essentielle d’une femme d’un autre clan/sang pour lui « porter » sa descendance.
DE QUOI S’AGIT-IL ? Qu’est-ce que l’anthropologie sociale et culturelle ?
C’est l’étude de l’homme, sans confiscation disciplinaire ou méthodologique. Par exemple, la psychanalyse étudie l’objet homme dans son individualité et ses rapports internes entre sa conscience et son refoulé, faisant fi de la dimension familiale, groupale et sociétale. De même et a contrario, l’ethnologie étudie les normes et valeurs de cultures différentes sans prendre en compte la complexité du sujet parfois déraciné de son terrain (les phénomènes migratoires des campagnes aux villes et vers l’Europe) et qui ne retrouve plus en interne son cadre culturel faisant sens pour lui. Il n’est pas nécessaire d’être un ethnologue de terrain pour étudier l’anthropologie. Marcel MAUSS, fondateur de l’ethnologie française, ne fut jamais ethnologue.
Distinguons donc l’ethnologie des sciences de terrain (analyse) qui met l’accent sur les différences culturelles spécifiques aux tribus de l’anthropologie (synthèse) proposant elle une articulation de ces travaux comparés mais pouvant aussi s’alimenter à d’autres modes de connaissance des hommes dans la globalité (recherche-action lewinienne, histoires de vie de l’Ecole de Francfort, etc.) soit une recherche des invariants pouvant définir le socle commun des hommes d’ici et de maintenant ou selon l’orientation de la préhistoire par exemple, les hommes cultivés ou acculturés, savants ou manuels, riches ou pauvres , hommes ou femmes,…
Il ne s’agit donc plus, comme au siècle dernier, d’étudier l’homme dans le dispositif du laboratoire rigide et aseptisé car l’homme n’est pas un rat et ses réactions de feed-back peuvent être multiples NI de gommer des particularités qui ne rentreraient pas dans un modèle théorique initial (le cas de FREUD qui à partir d’un seul cas –Anna O – biaisait ses observations pour les faire correspondre au lit de Procuste de son système.). L’étude de l’homme ne doit supporter aucun tabou et sûrement pas celui de la domination masculine sur le genre féminin ; la recherche en science humaine est délicate et doit toujours prendre en compte les interactions observateur-observé, elle ne peut être que de la science en mouvement dialectique ( Latour, 1995).
Le faussaire FREUD et son rituel de la psychanalyse
Ayant lu l’attaque médiatique dans le journal Le Monde (mai 2010), j’ai donc acheté la dernière brique de Michel ONFRAY relevant les incohérences de FREUD (Onfray, 2010) Bien sûr, FREUD développe des théories sur un cas isolé (projection) ; bien sûr, il est intellectuellement malhonnête de ne pas citer ses sources : Georg GRODDECK, Arthur SCHOPENHAUEUR, Friedrich NIETZSCHE dont les pensées sont à 80 % dans le best-seller de FREUD mais cela ne veut pas dire qu’il ne fut pas utile et bénéfique à quelques patients névrosés et fortunés de la bourgeoisie de Vienne dans son époque pudibonde où il parlait de sexe. Cela dit (après les 80 premières pages) , j’ai arrêté ma lecture de ONFRAY car un peu rabâchant dans un esprit de destruction et non dans un esprit constructif d’alternative (mais peut-être aurais-je dû lire davantage) .
Cependant, tous les ethnologues et anthropologues sont d’accord entre eux pour invalider le cœur de sa théorie portant sur le complexe d’Oedipe et le meurtre du père. C’était une vérité provisoire de la société bourgeoise viennoise au tout début du XX° siècle mais en aucun cas un principe invariant multiculturel aujourd’hui où nous dépassons l’anthropocentrisme et l’européocentrisme pour inclure le tiers-monde comme membre de la communauté culturelle et non « les grand enfants » des colons paternalistes.
La scission entre les sciences humaines et sociales et la psychanalyse est bien là, l’axe théorique de FREUD est un barrage à l’ethnologie comme à l’anthropologie. Le tabou de l’inceste reste commun mais non le meurtre du père car par exemple dans les sociétés matrilinéaires (et matrilocales), il peut y avoir une sagesse sociale qui sépare l’exercice de la parenté (Françoise Hériter, 1981) et le géniteur mâle. Le pouvoir sur le lignage est distinct de l’amant de la mère, c’est l’oncle utérin (frère de la mère) qui a le pouvoir dans la matrilinéarité. Il est le gardien de l’utérus, non son utilisateur. Il est possible que ce dispositif social soit antérieur aux sociétés patrilinéaires actuelles (les déesses-mères) dont le pouvoir viril se délite à grande vitesse dans notre monde moderne par carence de l’autorité phallique paternelle. Autrement dit, le frère de la mère du petit est chef du lignage et non le père géniteur qui est un copain de jeu érotique de la mère mais n’a rien à dire à ses enfants (ce que nous constatons de plus en plus dans notre modernité), soit un système opposé à l’union conjugale modèle des européens.
Notons enfin que si l’imposture freudienne (qui a duré presque un siècle) avait réussi à monopoliser l’anthropologie, nous serions dans un monde raciste puisque « les groupes des sociétés exotiques ont des comportements infantiles et névrotiques » (FREUD, 1975) d’où en interprétation , la supériorité dite « rationnelle » des ethnies blanches alors que les névroses sont des maladies psychiques qui leur sont particulières et liées au surtravail, nous dit JANET (Janet, 1986).
La matrilinéarité et la revalorisation du genre féminin
L’interdit incestueux du jeune mâle est particulièrement fort vis-à-vis de ses propres sœurs car, à la mort de l’oncle, ce sera lui le chef du lignage qui devra marier ses sœurs et représenter l’autorité pour leurs enfants, soit la « fonction du père » entre guillemets. Le père biologique étant plutôt un compagnon de jeu pour ses enfants, la sagesse de la matrilinéarité est donc de ne pas confondre l’autorité du lignage avec la puissance sexuelle du géniteur.
Les concepts de père, d’oncle ou de frère sont liés entre eux par le référent femmes circulantes. C’est par rapport à elles que se déterminent les statuts et les places respectives des mâles. C’est ce que nous voyons encore dans nos familles nucléaires, où la mère doit présenter aux enfants le père comme leur autorité pour qu’il soit reconnu par eux.
Nous pouvons déjà faire l’hypothèse que si les hommes ont créé les sociétés d’initiation masculine, c’est pour contrebalancer l’énorme pouvoir de leurs compagnes. Elles font des enfants, elles travaillent à la gestion de la maison et elles confirment le statut de l’homme qui peut être, selon les sociétés, l’amant compagnon de jeu ou le père de l’autorité symbolique sur les enfants. C’est elle, la femme qui présente le père aux enfants et lui donne ou non à leurs yeux son pouvoir éventuel de phallus. Notons la fragilité des hommes en comparant avec nos élevages domestiques où les vaches, les truies, les femelles en général sont élevées comme source de développement et où l’on conserve parfois par folklore ou nostalgie un taureau ou un verrat alors que le sperme en paillettes congelées dans l’azote liquide peut les remplacer pendant des centaines d’années (le procédé FIVETE : Fécondation in vitro et transplantation d’embryon)
La femme n’est pas seulement l’avenir de l’homme (Jean Ferrat) mais sa légitimité sociale. Les femmes sont les signifiants qui permettent la prose du message des pères, frères ou cousins qui ne bougent pas et sont en quelque sorte le signifié de la lettre. Les homme (YANG) n’existent qu’en fonction des femmes et de la mémoire de leur circulation du foyer du père ou de celui de l’oncle.
On a souvent pensé que la femme était la nature car plus proche du corps et de l’intuition du cerveau droit (YIN) alors que pour l’anthropologie culturelle, c’est la reine du jeu d’échecs. Elle (elles) est la culture incarnée, c’est elle qui permet au petit d’homme d’advenir à sa culture par l’éducation.
Deux courants de l’anthropologie aujourd’hui
2.1. Claude Lévi-Strauss et Marcel Mauss
Pour ce disciple de Marcel MAUSS et fondateur du structuralisme (de Saussure, Lacan,…), le degré zéro des sociétés est constitué par les communautés humaines a minima en organisation duale où des hommes échangent leurs femmes avec ceux de l’autre moitié. La fondation est le tabou de l’inceste : il est obligatoire de donner et de s’interdire positivement les femmes de son propre clan.
La circulation constante du don (des femmes de la tribu, des dots et/ou du potlach) est « l’étant social », l’interdit n’en constituant que le prétexte ainsi que ses explications savantes sur les risques de la consanguinité. Ce mécanisme élémentaire fait passer l’homme du statut de nature de l’animal à celui de culture avec cette première institution de l’échange. Cette « petite loi » positive met en circulation les femmes et les biens car, si nous n’avons pas une autre femme de la famille à échanger, il y a alors le système de la dot (des biens de substitution comme du bétail, des couvertures, de l’argent, etc.) pour rappeler la mémoire de la fille ou de la sœur donnée. On n’est plus dans un « huis clos » oedipien avec papa, maman et moi mais face à une loi naturelle plus essentielle qui permet le marché, l’échange qui anime la vie sociale et le brassage des gènes.
Lévi-Strauss est le disciple de Mauss, cela apparaît tout particulièrement dans sa longue introduction à l’ouvrage « Sociologie et anthropologie » (MAUSS, 2009). Mauss définit la vie sociale comme « un monde de rapports symboliques » et dit en substance que le symbolisme est le substrat des modèles cuturels.
Il y a une dialectique car le sujet ne naît pas sur une page blanche et trouve une société déjà là avec ses normes et ses valeurs qui vont constituer à environ 80% ses déterminismes sociaux ne fut-ce que par l’éducation et inculcation de la petite enfance. Toutefois, ce même sujet culturel a sa personnalité et il va – avec elle – influencer les caractéristiques institutionnelles de sa société. Le monde préexistait et devient autre par les actions des sujets (pire ou meilleurs, c’est une autre question).
La nature de la société s’exprime symboliquement dans ses us et coutumes et dans les institutions qu’elle institue mais en même temps, elle évolue par les conduites individuelles normales qui modulent le système de représentations symboliques qui ne peut être , dans un même espace temps, que collectif.
Les citoyens instituants, porteurs de changement deviennent des assujettis, des consommateurs de la pensée unique néolibérale et sont scotchés chez eux dans le ghetto familial et télévisuel, réclamant du pain et des jeux par procuration (les reality show). La société a forgé une nouvelle religion laïque et égotiste : le psychologisme. Celui-ci est axé sur les travers psycho-pathologiques ; or, en principe pour toutes les sociétés il y a des troubles mentaux qui sont des exceptions des formes normalisées dans l’ordre collectif (donné soi-disant par les ancêtres alors que toute société est en constante évolution). Les chamans sont des névrosés ayant vécu une reliance et se plaçant au service de leur société. Leur force magique n’est pas due à leur personnalité mais à l’attitude prise par la société à leur égard (locos et guérisseurs).
Les ethnographes confirment que les chamans sont des gens tout à fait normaux en-dehors de leurs crises de possession suscitées à la demande d’un « patient ». Notons que la possession par la participation collective est ouverte à tous alors que le phénomène de transe dans nos sociétés est vécu comme une intrusion psycho-pathologique (un démon qui nous a pénétrés de force), une entité extérieure logée dans le corps comme un microbe. Dans le tiers-monde, ce type d’Etat Modifié de Conscience (EMC) suscité par des danses/transes collectives est un honneur, celui de devenir le cheval du génie. Pour les chamans en catalepsie, c’est un combat, ils quittent leur corps pour récupérer l’âme d’un patient aussi bien dans le monde d’en-haut que dans le monde d’en-bas. La ritualisation du phénomène est en soi un effet placebo, nous en reparlerons dans l’ethnopsychiatrie.
On pourrait faire l’hypothèse que les prétendus troubles mentaux (inconnus de la médecine physiologique) sont des incidences sociologiques dues à la conduite d’individus que leur histoire de vie a partiellement dissocié du groupe. On dit souvent dans nos termes qu’il faut avoir soi-même souffert pour répondre par une compassion adéquate à la souffrance d’autrui. Une théorie purement sociologique des troubles mentaux pourrait voir le jour sans que les médecins physiologistes découvrent un substrat bio-chimique des névroses.
Toute culture est un ensemble symbolique où se placent le langage, les règles matrimoniales, les rapports économiques, l’art, la science, la religion ou la laïcité. Une société est toujours inscrite dans l’ici et maintenant du temps et de l’espace et donc également en contact avec d’autres sociétés ainsi qu’avec les états antérieurs de son propre développement (le colonialisme par exemple). Il se peut qu’un jour, nous n’ayions plus qu’une seule culture mondialisée.
Notons que toute société sera toujours à la fois symbolique et imaginaire (Castoriadis, 1975) et donc certains de ses membres resteront leur vie durant dans le versus imaginaire et d’autres participeront par leurs pensées et actions à la vie sociale. Ce sera toujours l’homme sain d’esprit qui s’aliène dans le travail puisqu’il consent à exister dans un monde psychosociologique de la relation entre l’ego et autrui. Le refus de l’aliénation correspondrait donc aux psychoses (Foucault, 1977 ). Il y a complémentarité entre le psychique et le social. Le fait social total comprend trois dimensions imbriquées :
4. La dimension sociologique (avec la culture d’appartenance ; la synchronie),
5. La dimension histoire de vie (diachronie) avec les faits marquants de l’existence d’un sujet,
6. La dimension physio-psychologique (les ressentis du corps et de l’esprit).
Au sein de ces trois dimensions, il y a des sous-dimensions pour le social par exemple, les modalités juridiques, économiques, esthétiques, religieuses, etc. Dans l’histoire de vie : la naissance et la petite enfance, l’enfance et l’adolescence, l’éducation, le mariage, les enfants du couple, la séparation, le veuvage,etc.
Dans le corps/esprit, il y a les secrétions hormonales, les réflexes, le tonus, l’affectivité, les passions, les grosses fatigues, etc. avec les représentations conscientes et inconscientes de l’esprit : les pleurs sur soi, les rancoeurs, les frustrations, la pensée positive, etc.
La psyché est simple avec ses perceptions, ses émotions et ses sentiments, elle reflète le symbolisme qui la déborde et elle synthétise la seule portion de la réalité qui est concevable pour elle (car il est difficile de conscientiser le temps, l’espace et in fine la mort).
Il faut que l’observateur s’observe observant (Morin), qu’il questionne ses troubles et préjugés car il fait un avec son objet d’étude qui l’observe aussi et qui l’influence. En plus de la complexité, il faut être capable d’observer la totalité du dehors, comme une chose dont nous sommes aussi un élément (par exemple, nous sommes une partie intégrante du cosmos) et l’anthropologue doit avec empathie également chercher à se mettre à la place de son informateur - soit une intersubjectivité, dit Habermas - pour approcher au mieux une objectivité relative. L’anthropologie sociale et culturelle est un nouvel humanisme.
Enfin pour Lévi-Strauss et Mauss, la catégorie inconsciente ne serait pas, comme chez Freud, la centration sur un ego qui s’est inventé une persona (personnalité) mais comme une « catégorie de la pensée collective » différente des archétypes de la nuit des temps de l’humanité de la pensée de JUNG. L’inconscient social serait ainsi le médiateur entre le Soi et les autres ; autrement dit, au lieu de nous focaliser sur notre nombril, nous nous approchons de notre moi interne le plus secret qui nous relie à des formes d’activité à la fois nôtre et des autres, conditions de l’ensemble de l’humanité des vies mentales de tous les hommes et de tous les temps.
La psychanalyse s’axe sur un moi subjectif et l’inconscient pour évoluer vers un moi objectivant ; l’anthropologie prend un autre chemin, elle part d’un moi objectivant rationnel pour rencontrer les autres objectivités de la fraternité humaine et du MANA (de la force) pour saisir la beauté du tout.
« L’erreur provient de la confusion entre deux inconscients, qu’il est nécessaire de distinguer : l‘inconscient idiosyncrasique et l’inconscient ethnique ; il est certain que les symptômes chamaniques appartiennent au segment ethnique de la personnalité du chaman plus qu’à leur position idiosyncrasique dans leur inconscient, mais cela ne veut pas dire, sous prétexte que ces symptômes sont standardisés et que le chaman joue un rôle dans la société, qu’il soit « normal » ; disons simplement que les conflits névrotiques sont structurés à travers les conventions d’une société et qu’ainsi son comportement est adapté à ce que les membres de cette société attendent de lui : il ne reste pas moins qu’il est un névrosé, et que le groupe auquel il appartient le sait bien - puisqu’il le met à part. »[1]
2 .2. L'ethnopsychiatrie de Georges DEVEREUX
"Et c'est cela que je perçois"(DEVEREUX)
"Nous pouvons réduire artificiellement nos angoisses en considérant la torture des prisonniers simplement comme une "coutume", ne niant donc implicitement que ces pratiques aient quelque rapport avec des êtres de chair et de sang, avec lesquels nous aurions à nous identifier. En augmentant délibérément la distance sociale entre soi et les indigènes, l'ethnologue peut ignorer ses propres angoisses et étudier leurs coutumes comme si la culture n'affectait pas la vie humaine; cependant, il est inutile de préciser que les angoisses ainsi niées se reportent sur d'autres sujets. De nombreux culturologues sont hostiles à ceux qui étudiant la coutume en rapport avec l'homme, principalement parce que cette approche plus compréhensive menace de réintroduire l'élément humain (psychologique) anxiogène dans leur monde – soigneusement stérilisé d'affect -, de "pures" coutumes et institutions."[2]
FREUD a construit sa méthode d'investigation, la psychanalyse, sur le concept du transfert. Pou l'ethnopsychiatre DEVEREUX, c'est l'analyse du contre-transfert de l'observateur qui est significative. Le meilleur informateur du comportement ne peut être que nous-mêmes et nos réactions auto critiquées systématiquement. Au fond analyser nos propres angoisses et inhibitions face aux événements extérieurs, y compris l'écho affectif que le transfert du patient sur nous provoque en nous.
Malgré notre désir de créativité et d'ouverture d'esprit, nous ne pouvons pas échapper à l'influence des modèles culturels de notre époque et de notre ethnie. Ces modèles nous enseignent comment être conforme et comment nous rebeller contre eux. Un modèle alternatif qui utilise juste une défense inconsciente est autodestructeur mais s'il est utilisé consciemment et représente une sublimation, il peut être fécond. "L'observateur s'observe constamment en train d'observer" nous dit MORIN. Nous pouvons observer les mœurs d'un peuple lointain mais pas toujours conscientiser les aveuglements idéologiques de notre propre culture dans laquelle nous baignons depuis la tendre enfance. La question de la recherche participante est dans la nature de notre idéologie : est-elle induite par le code brutal, négatif et irrationnel du surmoi ou induite par les fantasmes de maîtrise de l'Idéal du moi ?
L'analyse instrumentale nous fournit des données, des résultats statistiques mais le nombre de "bits" zéro ou un ne parle pas le langage des émotions, il est nécessaire en sciences humaines que l'observateur en tire une hypothèse technique avec son intuition : pouvoir dire au lecteur par exemple : "pour moi, subjectivement, cela signifie que…". Quels que soient les filtres que nous inventons pour limiter notre subjectivité (et neutraliser notre angoisse), il y a toujours le moment du choix, de la décision qui nous fait privilégier dans une contradiction dialectique un pôle à l'autre.
Le scientifique qui se pense observateur neutre pour étudier une relation humaine est un croyant objectiviste car il y aura toujours interaction entre l'acteur et l'observateur. En sciences du comportement, trois axes s'enchevêtrent : le comportement de l'acteur, les perturbations produites par la présence de l'observateur et les réactions de l'observateur, aussi bien ses angoisses que ses choix d'attribution d'un sens à ce qu'il voit. La pseudo neutralité d'un chercheur en sciences humaines est hypocrisie et perte de temps, la seule pratique utile pour créer une science de l'humanité est celle où les hommes sont à l'écoute de leur propre humanité et de ce qu'ils ressentent au fond du cœur en lien avec le sujet non aseptisé de leur étude.
Le comportement de l'homme est complexe et ne peut être réduit à un éclatement des variables et à une simplification linéaire stimulus-réponse comme dans les sciences "exactes". Les résultats statistiques tout comme les bilans comptables et les équations mathématiques ne disent rien, n'ont aucun sens brut; la finalité première est dans leur interprétation et peut-être aussi de créer un bluff intimidant, tout comme les jargons savants et technocratiques. On peut être psychologue sans réaliser un X carré ou autres équations statistiques, tout comme on peut être un excellent statisticien sans être psychologue.
Lors d'un entretien en face à face dans une relation thérapeutique de pouvoir, le patient apprend plus sur l'analyste que le contraire car l'analyste en faisant beaucoup d'effort pour cacher sa particularité révèle indirectement par son déguisement la forme de ce qui est caché. Quel que soit l'art de la dissimulation de l'intervenant il échouera dans son leurre car le mécanisme parlera de lui-même. La seule technique d'approche relationnelle fiable est celle où l'on reste authentiquement soi-même.
Un diététicien qui calcule les calories d'une ration alimentaire pour un sujet boulimique se trompe d'objet. Peut-être l'obèse a-t-il aussi un désordre endocrinien mais son principal cri est : "je m'empiffre de douceurs parce que personne ne m'aime !" Il en va de même lorsque l'on réprime le substrat culturel de quelqu'un d'une autre ethnie. Le médecin physicaliste qui dit à un africain que les Djins (génies) sont des conneries étouffe l'identité de soi du sujet et l'aspect relationnel. Le sujet va protester par une résistance non-dite, il va se renfermer, à cette dévalorisation de sa conscience culturelle. Mais le pire frein à une relation thérapeutique est dans le déni de notre impact de stimulus par cette condamnation.
Nous ne nous connaissons pas assez nous-mêmes et nous n'avons pas (plus) envie de nous remettre en question d'où notre masque (de blanc) derrière une doctrine du genre "FREUD a dit…". La perception du contre-transfert est une dialectique où lorsque le patient déclare : "Quoi, vous n'êtes qu'un vieil homme au nez crochu, ridé, voûté et gras !", il faut pouvoir entendre à la fois le conflit porté par l'ironie triomphante et dédaigneuse et la réalité du Soi physique dont nous offrons l'image et donc ne pas y répondre du tac au tac avec une répartie revancharde mais s'interroger tout haut sur ce courroux reçu et ce qu'il évoque dans notre cœur. Puis seulement après "digestion rapide zen" et en exprimant le non-dit de façon courtoise, transparente et non agressive, analyser globalement l'implicite de cette transaction, ce que DEVEREUX appelle la méta communication. Ce sera par ce type d'interaction vraie que l'observateur – sans tomber dans une polémique stérile – peut initier chez l'autre de nouvelles attitudes plus pertinentes et donc infléchir un comportement trop carré, trop jugeur, trop blessant.
Nous sommes à l'opposé du béhaviorisme et de la psychologie du comportement de SKINNER; si le rat est privé de raisonnement, le chercheur lui doit pouvoir récupérer le sien pour développer une pensée créatrice et non-conformiste (vis-à-vis des protocoles scientifiques par exemple). Dans une recherche action, on réintroduit la vie et on intègre l'observateur dans ce qu'il observe sans scotomiser les variables dérangeantes, comme des éléments anxiogènes, en les qualifiant de biais expérimentaux. Il n'y a pas un observateur et un rat décervelé mais deux personnes en réciprocité : si dans la théorie de l'information, on élimine les "bruits", ici au contraire, on les étudiera avec attention. Si le nourrisson n'a pas de réponse à ses appels, il ne perçoit pas qu'il y a peut-être simplement une absence mais que ce défaut de réponse est un signe de méchanceté voire de mort à son encontre. Il en va de même face au silence de l'analyste qui peut s'interpréter comme transfert négatif de mort et augmenter la culpabilisation vis-à-vis du désir inexprimé du patient de voir l'analyste mort (cf. la castration oedipienne), nous dit DEVEREUX.
" Cela n'est et ne peut être le but de la psychanalyse ni d'aucune autre science du comportement. Le couteau de castration, réel ou symbolique, a joué pendant bien trop longtemps un rôle souverain dans l'évolution des sociétés oppressives et brutalement centrées sur le Surmoi, reposant sur des masses de mutilés physiques, affectifs et intellectuels parfaitement découragés. Elles ressemblent aux sociétés d'abeilles qui reposent sur le travail des abeilles ouvrières soumises à une castration hormonale par un régime restreint. Il est grand temps de se rendre compte qu'une société et une culture qui ne peuvent faire face à la spontanéité des êtres vivants qu'en la tronquant brutalement va aussi rapidement à sa perte qu'une science qui cherche l'objectivité sur l'homme au prix de sa dépersonnalisation."[3]
DEVEREUX se réfère à à la psychanalyse américaine très différente de la psychanalyse française de Jacques LACAN qui mise sur la déstructuration du sujet jusqu'à laisser émerger une révolte intérieure. Pour DEVEREUX (et la psychanalyse américaine, donc), c'est l'inverse qui est mis en œuvre. En psychanalyse européenne, on pourrait caricaturer en disant que si un patient ne guérit pas, "c'est de sa faute !".
DEVEREUX précise aussi que si, sur un plan individuel, il faut aider les névrosés à surmonter leur malheur; sur le plan social, il est important de travailler l'autoformation des personnes en bonne santé afin d'augmenter leurs potentialités en renforçant leurs sublimations. L'intervenant psychosocial qui étudie l'homme sait qu'il s'étudie aussi lui-même de façon permanente, une autoanalyse constante.
Les théoriciens de la psychanalyse ont oublié que le départ était un système de postulats et on découvre parfois à notre époque des études qui sont un construct d'abstraction et de concepts ne reposant sur aucun fait. "L'inconscient est structuré comme un langage" dit LACAN et donc, comme en mathématique, aussi langage, on peut faire dire n'importe quoi de façon grammaticale et cela n'est plus une description se voulant objective de la réalité et donc cela n'est pas légitimant comme science, fut-elle humaine et "molle". Donc la psychanalyse qui traite des concepts comme s'ils étaient des réalités est bien plus une mythologie qu'un traitement ethnopsychiatrique d'une possession par un Djin "tonique" car la guérison peut être avec d'autres chemins observable avant la mort du patient. L'inconscient n'est pas observable puisque s'il devient observable, il cesse d'être inconscient. Mais dans d'autres cultures, des personnes non analysées comme les poètes et les chamans par exemple ont un sens de l'inconscient et l'utilisent avec une grande habileté.
"Les yeux et les oreilles sont pour les hommes de piètres témoins, s'ils ont des âmes qui n'en comprennent le langage." (HERACLITE). Une empreinte de pas sur le sable est un message qui ne dit rien de pertinent sur les émotions de la personne mais la transformation de ce qui est envoyé par mon nerf optique en données aux cerveaux va interagir avec ce qui est perçu/reçu/admis par mon esprit. Ce qui dans un contexte donné (la cure par exemple) peut être traité comme étant "dedans" peut dans un autre contexte culturel (la transe par exemple) être traité comme étant "dehors". Les évènements intérieurs les plus cohérents sont ceux de la psyché de l'observateur plutôt que ses projections sur l'autre et ses explications théoriques.
DEVEREUX évoque le principe d'exclusion de BOHR (1934, 1937) pour dire en quelque sorte que plus on veut étudier de manière structurée un phénomène et plus celui-ci s'atténue au point de disparaître. Cette théorie, reprise en 1947, dite de BOHR et de JORDAN, a démontré que si on veut étudier la vie de façon radicale, on pénètre si loin dans l'organisme que l'on perturbe son état essentiel et que l'on détruit la vie que l'on voulait étudier. Une explication totale d'un phénomène est une réduction instrumentale qui implique la négation de son existence. Toute étude psychologique qui essaie d'exclure le vécu soit en transformant le sujet en une "préparation expérimentale" soit en éliminant la conscience awaraness de ses explications personnelles équivaut à une liquidation qui dissout le sujet que l'on voulait étudier. L'étude réelle d'une "préparation" ne fournit d'information que sur des préparations et non sur des rats ou des hommes.
L'intervenant occidental doit jouer le jeu à fond, devenir homme de théâtre, se fondre dans la peau du personnage guérisseur et y croire et c'est seulement ainsi que le melk peut se présenter devant lui. Il s'agit d'envisager cet être avec le même sérieux que les populations qui le connaissent, ce n'est pas de la moquerie ou de la parapsychologie de superstition dont un universitaire très con pourrait se gausser mais c'est entrer dans la relation selon les normes et valeurs de l'autre.
Il est plus intéressant pour guérir le patient possédé de s'intéresser à l'autre de lui, de l'identifier et de lui demander ses intentions et ses exigences pour qu'il laisse le patient en paix (les bases de l'exorcisme en quelque sorte); il faut prendre l'être ou les êtres possesseurs au sérieux et parler avec eux. C'est également la pratique de l'autohypnose de Milton ERICKSON qui parle avec l'inconscient de son patient.
Un groupe (y compris un groupe professionnel comme les psychologues) doit pouvoir se jauger à la souplesse de sa dynamique de groupe, à sa capacité à intégrer les particularités apportées par les nouveaux membres. La psychanalyse semble être morte avec FREUD car personne n'a écrit avec évolution sur cette théorie du maître, uniquement des évangiles. La psychologie occidentale est une initiation à la déception : on comprend que l'existence est bien plus pauvre que ce qu'on l'avait imaginé, on accepte la désillusion au nom du principe de réalité. La psychologie orthodoxe (mais juive) est un oeuvre d'appauvrissement du monde, un grand nettoyage avec détergent pour faire disparaître notre colère. Le but est la poursuite des démons pour les éliminer (vade rétro satana) alors que dans la clinique des thérapeutes de l'autre monde, on fait au contraire une place pour les reconnaître et leur rendre un culte : les démons présentifient la colère et l'expliquent et la nier est insensé ! "Est-ce à ta propre nature que la psychanalyse t'initie ? Quand tu soumets un homme yoruba à une initiation yoruba, tu obtiens un Yoruba. Maintenant, lorsque tu soumets un quidam à une initiation psychanalytique, tu obtiens quoi ? Un défenseur de la cause ! C'est par ce phénomène que la psychanalyse ressemble à une secte. (…) Qu'est-ce qu'une secte? Ce n'est pas le fait qu'on initie les gens qui caractérise une secte, pas davantage le fait qu'on les trompe…C'est qu'on fabrique des personnes ex nihilo, qui ne correspondent pas à leur "nature" – du coup, elles ne peuvent vivre qu'entre elles, parce qu'elles n'ont de semblables qu'à l'intérieur de la secte."[4]
En résumé, Georges DEVEREUX, élève également de Marcel MAUSS, fondateur de l’ethnopsychiatrie est proche de l’actuelle psychosociologie relationnelle et de l’analyse systémique et centré sur le contre-tranfert de l’intervenant au lieu de classer les résistances du sujet comme « normales ». Avec lui, il y a interaction et implication de l’observateur et de l’observé et le coach va dire bien haut sa subjectivité : « Et c’est cela que je perçois ! ». Il n’y a plus un être couché sur un divan qui parle face au vide, il y a deux hommes debout face à face, le scientifique s’impliquant avec sa propre humanité et son empathie (comme les chamans) pour la personne en souffrance.
Il ne s’agit plus d’étudier avec une distance affective des coutumes et des institutions différentes mais au contraire d’une façon plus compréhensive en n’éliminant pas l’élément humain (psychologique) anxiogène de la relation, ce n’est plus un monde stérilisé d’affect mais une implication andragogique. L’intervenant va proposer une analyse face à une rebellion compulsive ainsi que des pistes d’action concrètes à vérifier pour sortir d’une boucle névrotique.
Nous ne pouvons pas échapper à nos modèles culturels mais nous pouvons y faire un tri. Le moi se crée constamment. Le modèle est stérile et destructeur si c’est une défense inconsciente rabâchée constamment. Par contre, le modèle est fécond s’il est conscientisé et sublimé pour nous créer nous-mêmes. Certes, nous ne serons pas tous des génies mais on n’est pas pour autant obligé de rester sot. Nos société oppressives ont joué avec le surmoi du couteau de la castration symbolique. Nous coexistons avec des masses de mutilés physiques, affectifs et intellectuels, il y a de moins en moins d’utopie et de spontanéité créatrice car les gens s’éteignent à la lueur blafarde de leur écran (téléviseur et ordinateur). Toute psychologie qui essaie d’exclure l’expérience vécue, soit en conditionnant le sujet en une préparation (la cure), soit en éliminant la conscience profonde AWARENESS de ses explications et constructions équivaut à une liquidation de l’objet ; l’homme est alors anéanti.
A la suite de DEVEREUX, NATHAN se sert de sa thérapie pour désenvoûter des victimes de sectes comme les trop connus "Témoins de Jéhovah" ou "Eglise de la scientologie" de Ron Hubbard, auteur de science fiction. En effet, ce n'est pas parce qu'une personne a réussi à sortir de l'emprise physique d'une secte qu'elle en est débarrassée, il faut encore que la secte sorte de l'esprit de la personne. Le travail de NATHAN est donc de reconstruire la façon dont la secte a organisé son système de capture pour restituer le processus mental autonome à la personne et l'aider ainsi à se reconstruire de l'extérieur vers l'intérieur. « Je considère que les thérapies traditionnelles (par exemple, les rituels de possession, la lutte contre la sorcellerie, la restitution de l’ordre du monde après une transgression de tabou, la fabrication d’objets thérapeutiques, etc.) ne sont ni des leurres, ni de la suggestion, ni des placebos. Pour moi, ces pratiques sont réellement ce que leurs utilisateurs pensent qu’elles sont, des techniques d’influence, la plupart du temps efficaces, et par conséquent digne d’investigations sérieuses. »[5]
Jean-Marie Lange, formateur GAP.
[1] BASTIDE Roger, Préface à l’édition des Essais d’ethnopsychiatrie générale (Devereux, 1987,VIII) cité par Lioger Richard, La folie du chaman. Histoire de l’etyhnopsychanalyse, Paris, PUF, 2002, p.64.
[2] DEVEREUX Georges, De l'angoisse à la méthode dans les sciences du comportement, Paris, Flammarion, 1986, p.134.
[3] DEVEREUX, ibid, p. 228.
[4] CLEMENT Catherine & NATHAN Tobie, Le Divan et le Grigri, Paris, Odile Jacob, 2005, p. 117-118.
[5] NATHAN Tobie, L’influence qui guérit, Paris, Odile Jacob, 1994, p.37.
dimanche 13 juin 2010
Brève
Brève du GAP : Membres de soutien en ordre de cotisation 2009 (10€ min)
CLIGNET Michel 50,00 €
DENGIS Marie-Claire 10,00 €
KREINS Viviane 25,00 €
KREINS Léone 10,00 €
KREINS Régine 10,00 €
KREINS Bernard 10,00 €
LANGE Jean-Marie 10,00 €
LECEUX Patrick 10,00 €
Merci à tous de soutenir le Groupe d’Autoformation Psychosociale asbl n°874273371.
Le GAP est un opérateur d’éducation permanente qui se réclame de l’application des droits de l’homme et ne se réfère à aucune confession ni à aucun parti.
Compte DEXIA 068-2426901-85
Compte international DEXIA-IBAN BE89 0682 4269 0185 BIC : GKCCBEBB
Contact mail : Gap.belgique@skynet.be
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GROUPE D’AUTOFORMATION PSYCHOSOCIALE
Association pour le développement de l’autonomie et de la participation sociale
Siège social : 40, rue Saint-Lô, BE 5060 FALISOLLE,
Président Patrick LECEUX 0496/627678 patrick.leceux@mac.com
Coordination pédagogique Jean-Marie LANGE: gap.belgique@skynet.be ;
Groupe d'Autoformation Psychosociale : Formations des adultes et actions humanitaires. L'association de formation des cadres GAP est une association (asbl) spécialisée en management associatif, en recherche-action participative et en prévention des conflits de groupe. Elle se veut résolument sans but lucratif; aussi, lorsqu'elle dégage un quelconque bénéfice, elle conçoit le projet d'une aide humanitaire technique et ciblée au Tiers Monde en partenariat avec les villageois. Avant-hier, il s'agissait de formations d'animateurs ruraux et d'animateurs de gestion au Mali (2002) et hier, c'était l'aide à des associations locales à MAKAMBA au sud Burundi (de 2007 à 2010). Notre association n'est pas subsidiée par la coopération au développement de Belgique. Le GAP est un opérateur de terrain qui se réclame de l'application des droits de l'homme et ne se réfère à aucune confession et à aucun parti politique.
Site http://soutien.et.autonomie.free.fr Blog : http://gap-belgique.blogspot.com;
Jean-Marie LANGE, agronome tropical et intervenant psychosocial (ULG), formateur GAP
Pour un projet d’égalité des hommes
Lors de l’indépendance du Congo, Patrice LUMUMBA déclara le 30 juin 1960 : « Ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé parla force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessure sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions le chasser de notre mémoire. »
Les pays occidentaux industrialisés ont connu un vent de folie dominatrice au XIXème par la colonisation, de nouveaux terrains pour leurs usines et leurs technologies, de nouveaux profits pour l’exploitation de l’homme par l’homme. Ce n’était pas un scoop puisque déjà les croisades avaient cet objectif caché de la conquête de territoires. Outre cet appât inhumain du gain au détriment des hommes, les occidentaux ont envoyé aussi des « commissaires politiques » pour imposer la seule bonne manière de croire (la leur) : la religion catholique. Animés d’un européocentrisme à toute épreuve, les « pères blancs » prêchaient le renoncement au profit des riches et la pseudo-morale de la monogamie, tout en entretenant pour eux-mêmes une polygamie de makangu (maîtresses). Il y a eu sûrement des exceptions et c’est moins grave que d’abuser de petits enfants (pédérastie) certes.
Le Congo est un bien beau pays aux populations chaleureuses mais les infrastructures des routes, du rail et du fleuve n’ont plus été entretenues depuis 50 ans. Pour fêter bientôt (le 30 juin) Les 50 ans d’Indépendance, nous ne pouvons cacher que ce pays frère est dans la misère, la malnutrition et le manque d’écoles mais saturé de la poussée des églises évangélistes américaines et des sectes locales : des distributeurs automatiques d’espoir contre des billets de banque et qui poussent comme des champignons vénéneux.
Lorsque des mondelés bien pensant jettent un œil condescendant sur ces ex-colonies belges (Congo, Rwanda et Burundi), ils disent bien vite que c’est à cause de la corruption des dirigeants.
Bien sûr et dans le reste de l’Afrique aussi : du GABON de feu Omar BONGO qui engrangeait les royalties du pétrole dans sa cassette personnelle, du Nigéria, de la Sierra Leone, du Libéria, de l’Ouganda, du Centre Afrique, au Congo (de Kabila I à Kabila II en passant par le dictateur MOBUTU, agent de la CIA), etc., leurs fortunes personnelles sont inversement proportionnelles à la misère de leur peuple. Les sous-chefs prennent le même exemple et délivrent sans contrôle des permis pour en toucher la perception financière. Lagos et Kinshasa sont des villes d’Afrique centrale où il y a le plus de voitures Mercédès blanches mais pas de route en-dessous, juste des nids de poule et/ou des trous comme des cratères de bombes.
Au Congo, la corruption est partout et les routes sont pour la plupart impraticables en-dehors des villes, il ne reste que les quelques avions qui ne sont pas tombés par surcharge de passagers et en principe le fleuve Zaïre où il reste une ou deux barges pousseuses avec peu de mazout et beaucoup d’arrêts pour payer les droits de passage à des fonctionnaires qui ne sortent pas de leurs bureaux.
Mais chez nous en Belgique, il y a aussi des guerres tribales et de la corruption, des relations inavouables entretenues entre l’argent et la politique. On appelle cette forme de corruption le clientélisme et le népotisme (lorsque l’on place son fils a sa propre succession d’élu du peuple), en bref les pistons des dominants politiciens en cheville avec les spéculateurs et les banques, soit l’ensemble des partis politiques dominants en Wallonie. Cela peut se traduire par des achats nationaux avec des dessous de table (matabiches) comme l’affaire des hélicoptères italiens AGUSTA, des copinages dans l’attribution des chantiers (les multiples affaires du PS à Charleroi), des élus qui vont se faire construire des villas dans le sud de la France (Antibes, Borme-les- Mimosas) avec les travailleurs communaux détournés et aussi et surtout les nombreux voyages d’étude en première classe pour les députés et leurs épouses dans des pays de soleil, dernièrement le Mexique pour la Région wallonne par exemple.
Notre clientélisme équivaut aux dons d’argent aux chefs d’Etat africains, nous n’avons pas de leçons à donner. On pourrait cependant aider le peuple mais il faudrait alors que des projets vagues dans leur application soient traduits en termes d’objectifs concrets, budgétaires et évaluables. Or, l’aide au Tiers-Monde est tenue par le clan MR des Michel (Père et fils) qui considèrent ce secteur comme leur fief et sont outrés (comme nous) lorsque le Ministre des Affaires étrangères de l’époque (2009) Karel DE GUCHT insultait par trois fois publiquement le leader Kabila II d’être un chef maffieux. Cela ne fait aucun doute mais il faut respecter la souveraineté des autres Etats et ne pas amalgamer ainsi le pays tout entier et ses habitants aux exactions des dominants.
En Belgique, pour les élections du 13 juin 2010, tous les citoyens belges (obligés de voter sous peine de sanction anti-démocratique) sont fatigués d’être pris pour des imbéciles. D’un côté, il y a l’échange de faveurs, de biens, de services et de passe-droits ; de l’autre, l’appui politique pour ces malversations par la promesse de voter pour le truand qui a donné des avantages illicites. Nous sommes toujours dans des systèmes pré-démocratiques de prébendes. Ce système d’oligarchie (les politiciens permanents et non un seul mandat limité à 5 ans comme dans la démocratie d’Athènes) pourrait être expliqué plus simplement selon la pratique maffieuse : les pauvres donneraient leur voix en échange de nourriture, de vêtements, d’emploi, d’argent pour faire ainsi élire le candidat le plus fortuné (cf. en Italie le Cavalieri Berlusconi).
Selon nos lois électorales, ces 4 partis dominants en Wallonie reçoivent de l’argent public pour les frais de leur campagne, affiches, télé, articles tandis que les petits partis qu’il faudrait entendre - dans un processus démocratique - car ils sont riches de pensées alternatives plus fraîches et utopiques, ne sont jamais entendus de personne car ils n’ont pas accès aux médias. A propos de paroles muselées et de collusion, notons encore que le plus gros parti de Wallonie (le PS de centre-droit) a mis son syndicat de même nom dans sa poche et c’est pour cela que je le qualifie de centre-droit car ainsi il n’y a plus de contre-pouvoir spécifique à la gauche pour critiquer les excès des dominants. Cela a pour effet que les travailleurs ne croient plus à la solidarité syndicale et deviennent de plus en plus indifférents et individualistes, en se laissant dériver vers l’extrême-droite par un abrutissement télévisuel : du pain et des jeux.
La pensée unique néolibérale l’a bien compris et instille partout l’intérêt personnel en lieu et place de la fraternité/solidarité. La guerre d’envergure qui se mène est le détricotage de tous les services publics par leur privatisation, les services publics avaient comme raison d’être un service aux citoyens et non d’être rentables (suppression des gares de village, surcharge des profs et des infirmières, etc.) comme s’il ne fallait plus rendre des services mais faire de l’argent avec ceux-ci. Les conséquences sont lamentables pour les petites gens : les chômeurs sont isolés et culpabilisés, les SDF, les exclus et les migrants sont mal vus. On assiste à la naissance d’une nouvelle classe de serfs : les travailleurs précarisés avec des contrats d’emploi de six mois renouvelables s’ils sont bien sages.
Insidieusement donc, les citoyens perdent leurs valeurs laïques des droits de l’homme (LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE) en ne pensant plus qu’à eux et à leur famille. Et lorsqu’il y a une annonce de sécheresse dans le Tiers-Monde sahélien, avec des famines à la clé, plus personne ne se mobilise.
La spécificité du « Groupe d’Autoformation Psychosociale » (GAP- asbl)
Nous sommes un petit groupe citoyens (le GAP) qui a essayé de rassembler des fonds en donnant des formations et/ou des coachings pour financer des actions ponctuelles et évaluées au Burundi et au Mali et nous récoltons de moins en moins. Par honnêteté envers les donneurs et les victimes, nous payons de notre poche nos frais de vol, de logement, de nourriture et de déplacements et à cause de cette règle interne, nous sommes à présent financièrement épuisés nous-mêmes. Cerise sur le gâteau pourri de la fracture Nord-Sud, l’Europe (de droite) renforce ses contrôles migratoires (les sans-papiers) en 2010 avec des opérations maritimes et terrestres et l’installation de camps pour étrangers (32.000 personnes à ce jour) avant rapatriement : Hermès en Méditerranée, Artémis à Gibraltar, Poséidon à Athènes, Neptune en Hongrie, Jupiter en Ukraine, Héra au large du Sahara occidental (Le Monde diplomatique, juin 2010). Ce n’est pas une solution humaine et correcte, j’ai honte d’être européen.
Quels sont les problèmes ?
L’aide de la Belgique au Tiers-Monde étant contrôlée par les Ambassades et le MR sert d’abord aux frais de ses propres experts : les fonctionnaires à Bruxelles et leurs locaux et bureaucratie puis les intervenants sur place qui se logent dans les hôtels les plus coûteux (à Bamako par exemple 200 €/nuit), qui roulent en 4X4 neuves climatisées avec sur les flancs « Lutte contre la faim », donc des missions tellement coûteuses qu’il ne reste plus rien pour les autochtones. En son temps, OXFAM a produit une publicité censurée après deux jours à la RTBF : deux artisans sénégalais (PME) attendent l’enveloppe d’aide de la Belgique, ils l’ouvrent devant la caméra et celle-ci est vide ! Bien sûr c’est une caricature mais pour une fois, pas de la désinformation.
Lorsque la Belgique a donné, sans se faire prier, l’indépendance au Congo (en faisant tuer le seul leader indépendant de l’argent), il faut savoir qu’auparavant une ségrégation scolaire avait été établie depuis des décennies empêchant les peuples autochtones de se former dans l’enseignement supérieur (sauf pour devenir prêtre). En 1960, l’Indépendance n’avait pas été préparée et pour cet immense pays du Congo, il manquait de cadres, y compris les plus élémentaires pour un développement social, les instituteurs. Cette base de l’éducation est incontournable : apprendre à lire , compter et réfléchir. Tout le monde sait que l’on peut truquer le bilan d’une entreprise, par exemple en augmentant exagérément le cash flow (les liquidités) ou en diminuant la longueur d’un amortissement. J’ai vu une usine agricole qui était amortie en quatre années, ce qui veut dire aucun bénéfice et aucune taxe à prélever, juste un déficit et puis, 4 ans après, l’entreprise recommençait sans scrupule son amortissement comme la première année. La même usine avait donc déjà été amortie trois fois et demi mais le Congo ne disposant pas de comptables formés aptes et en grand nombre pour contrôler in situ ces entreprises de brousse, c’était donc bien de la spoliation directe du pays dont il était question.
Dans les années 1990, un ministre de la coopération a édité sur papier glacé une plaquette au titre loufoque : « Pourquoi l’aide de la Belgique au Congo échoue-t-elle depuis trente ans ? ». C’est surréaliste de se poser la question si longtemps après les premiers échecs. Ce ministre annonçait que l’aide en PNB représentait 0,44% et qu’il serait bientôt à 1% du PNB, presque 20 ans après rien n’a changé. A qui profite le crime ?
Une délégation congolaise de haut niveau est venue en Belgique soulever un contentieux toujours non résolu : pour un franc d’aide qui part de Belgique, il rentre 4 francs venant du Congo. C’est encore plus tordu car ce ne sont pas des mêmes poches ; le franc sortant vient de la poche du contribuable (les impôts) et les 4 francs spoliés au Congo le sont par des consortiums industriels internationaux. Pourquoi le Congo ne pourrait-il pas nationaliser ses diamants et louer les services de tailleurs anversois pour ainsi fournir un produit fini ? Parce l’entreprise principale en Afrique du sud ne veut pas de concurrence !
A qui profite les génocides horribles du Rwanda et du Burundi ? On l’ignore, si ce n’est que ces deux pays font à présent partie de l’Afrique de l’Est anglophone ?
La France de Mitterrand en 1994 a dégagé un couloir pour sauver les tueurs qui continuent leurs crimes au Kivu en 2010 (opération Emeraude), alors que les français n’étaient pas intervenus pour le massacre à la machette des populations civiles ? Les nouveaux envahisseurs du Congo venaient de l’Ouganda et du Rwanda (les soldats de Kabila 1er à Kinshasa ne connaissaient pas le français). Le Kivu congolais est une zone de non-droit et de terreur avec des interhamwés, des Maï-Maï et des soldats rwandais. Le Rwanda est le premier exportateur de COLTAN (téléphone portable) alors qu’il n’a pas un gramme de ce minerai dans son sol. Le Rwanda est riche et ça se voit par rapport au Burundi voisin toujours dans la misère.
J’ai la triste sensation que la colonisation a juste changé de forme et qu’avec la collaboration des Chefs d’Etats africains, on peut toujours parler d’exploitation éhontée du Congo en particulier, de l’Afrique en général.
Notre association GAP ne se référant qu’aux droits de l’homme a pour but l’émancipation sociale des citoyens et l’autonomisation collective des villages, c’est-à-dire produire un travail sans être vampirisé par des gens extérieurs (les vendeurs d’engrais chimiques par exemple) ou intérieurs (qui veulent profiter de l’effort collectif et des apports du GAP). Lorsque je travaillais dans la province de l’Equateur au Congo et que l’on m’apportait un cadeau, on m’expliquait que je devais le rendre sous une forme majorée. Lorsqu’après avoir aidé à la mise sur pied d’une asbl locale, nous y installons avec un contrat un four solaire et que la famille de confiance affirme peu après que c’est un cadeau personnel et non pour l’association des agriculteurs, c’est une mauvaise foi évidente et c’est aux locaux de se défendre. Le GAP n’est pas une association caritative issue de la « mauvaise conscience de l’homme blanc » mais a une volonté de faire en sorte que la collectivité se défende par elle-même. Le GAP apporte des semences, des outils, des méthodes etc. mais attend un cadeau en retour : l’organisation autonome et les bénéfices uniquement pour les travailleurs.
Au-delà d’un ethnocentrisme désuet apporté dans les bagages technologiques des colonisateurs, nous devons en préalable admettre qu’il n’y a qu’une seule race humaine l’Homo Sapiens Sapiens (née aux abords du lac Tchad) mais qu’il y a , dans les peuples, des bons et des mauvais partout, par exemple, des belges et des congolais avides de prendre le pouvoir à des fins personnelles et également des belges et des congolais honnêtes et désireux de la progression culturelle et économique de ce pays frère qu’est le Congo. Petite illustration didactique du mécanisme de la corruption sur les collines du Burundi : Partout , de l’Asie à l’Amérique latine, en terrain de collines, on cultive en terrasses pour bloquer les pluies drues, soit conserver l’eau et la terre arable sans érosion. C’est seulement au Burundi que l’on cultive à présent (avant 1961, c’était différent) en suivant la pente des collines (et non perpendiculairement à la pente), ce qui a pour résultat le lessivage des engrais naturels du sol et la promotion des ventes d’engrais minéraux même si les cultivateurs savent qu’à terme la terre mourra et deviendra rouge, latéritique comme à Madagascar.
Le FMI veut asphyxier les pays pauvres du sud en réclamant sa dette mais la population avait-elle au préalable été consultée et pour quel projet concret ? et au service de qui ? Les dirigeants africains bradent leur pays pour de l’argent et non pour un développement vers l’autonomie. L’Afrique est en train d’être dépecée par la Lybie et l’Asie. Ces pays achètent des centaines d’hectares d’un seul tenant, au mépris des villageois et des tombes de leurs ancêtres ; ils vont niveler et installer des monocultures d’exportation qui ne laisseront aux autochtones que leurs yeux pour pleurer. Il n’y a pas de rédemption car il n’y a pas de rédempteur, il nous faut accepter sur le plan personnel la souffrance puis la laisser partir, s’en détacher mais sur le plan social, il nous faut combattre (sans haine ni violence) toutes les injustices humaines.
Que peut faire le GAP in fine
Pour le GAP et pour continuer à apprendre, j’ai suivi à l’université de Liège une journée complète d’évaluation de projets au Tiers-Monde. Une seule anecdote est suffisamment explicative : des experts (ils sont tous ingénieurs agronomes, s’agit-il d’une chasse gardée de l’expertise ?) viennent dans un village et décident d’y construire un hôpital avec des subsides dithyrambiques. La construction est magnifique mais totalement inutile car le village est de l’autre côté d’une rivière tumultueuse et ce que les gens espéraient (mais pour cela, il fallait leur demander avant), c’était en priorité un pont. Actuellement, cette construction héberge le chef, ses femmes et ses chèvres mais ne sert pas d’hôpital.
C’est contre cela que nous voulons réagir : il est impératif de réunir un conseil du village pour une grande palabre sur les nécessités pour le plus grand nombre. Voilà pourquoi le GAP n’est subventionné par aucun ministère belge, depuis 5 ans, il veut l’autogestion locale et le respect de la dignité des hommes égaux et cela dérange. Nous voudrions qu’il y ait un jour au parlement un élu honnête et sensible à la solidarité mondiale qui pourrait actionner le levier dont nous sommes encore maître : 1) le passage de l’aide humanitaire de 0,44% à 1% et 2) la concentration de synergies sur des endroits pouvant démarrer une fois pour toutes plutôt que le saupoudrage inutile depuis 40 ans.
Illustrons encore par un exemple : au Mali, NANDO est un petit village DOGON isolé de la partie touristique de cette région avec une école où il y a environ 350 apprenants (CM1 et CM2)avec deux maîtres d’école, soit une pédagogie du Moyen-âge par nécessité. Imaginons une synergie entre le GAP et la commune. D’une part, les structures locales construisent deux autres bâtiments et engagent deux maîtres supplémentaires et le GAP fait vivre les artisans locaux en leur commandant des bancs et des sièges et les marchands en leur achetant du matériel didactique. C’est par là que toute émancipation sociale doit commencer : une école qui ne soit pas un centre d’inculcation religieuse (comme une école coranique) et qui pourrait se développer au-delà des études primaires pour former des cadres compétents pour l’avenir du pays. Nous pouvons le faire et au-delà, si un seul Etat d’Europe nous donne le prix d’un seul missile de combat, pour construire au lieu de tuer.
Mais L’Etat belge s’en fout, obsédé par ses guerres tribales entre les flamands (qui veulent le droit du sol) et les francophones (qui veulent comme tous les européens le droit des gens) et avec nos maigres ressources, nous allons lancer une cantine scolaire où chacun des 350 enfants aura au moins un repas chaud à midi avec dans son bol de riz au gras des vitamines et des compléments alimentaires. Nous ne pouvons pas lutter contre les famines qui s’annoncent, le PAM (Programme d’Alimentation Mondiale de l’ONU) est là pour cela mais bien contre la malnutrition des enfants étudiants et souffrant de carences alimentaires.
Le GAP ne comprend que 30 personnes. S’il vous plaît, rejoignez-nous en versant dix euros sur le compte GAP ou en participant à vos frais à nos missions d’intervention. Nous pouvons ensemble construire une alternative à la pieuvre capitaliste qui tue au Tiers-Monde, celle d’hommes debout, nourris, éduqués et souriants qui refusent la violence, l’individualité et l’exploitation de leurs ressources par les spéculateurs bancaires. Changeons le monde déshumanisé et pollué d’aujourd’hui en partageant un slogan simple « Les enfants d’abord ! » Merci de votre futur engagement pour l’humanité d’une gauche plurielle dans le respect de toutes les cultures.
LUMUMBA (assassiné le 11.07.1960), OYE !
09.06.2010
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Pour un projet d’égalité des hommes
Lors de l’indépendance du Congo, Patrice LUMUMBA déclara le 30 juin 1960 : « Ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé parla force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessure sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions le chasser de notre mémoire. »
Les pays occidentaux industrialisés ont connu un vent de folie dominatrice au XIXème par la colonisation, de nouveaux terrains pour leurs usines et leurs technologies, de nouveaux profits pour l’exploitation de l’homme par l’homme. Ce n’était pas un scoop puisque déjà les croisades avaient cet objectif caché de la conquête de territoires. Outre cet appât inhumain du gain au détriment des hommes, les occidentaux ont envoyé aussi des « commissaires politiques » pour imposer la seule bonne manière de croire (la leur) : la religion catholique. Animés d’un européocentrisme à toute épreuve, les « pères blancs » prêchaient le renoncement au profit des riches et la pseudo-morale de la monogamie, tout en entretenant pour eux-mêmes une polygamie de makangu (maîtresses). Il y a eu sûrement des exceptions et c’est moins grave que d’abuser de petits enfants (pédérastie) certes.
Le Congo est un bien beau pays aux populations chaleureuses mais les infrastructures des routes, du rail et du fleuve n’ont plus été entretenues depuis 50 ans. Pour fêter bientôt (le 30 juin) Les 50 ans d’Indépendance, nous ne pouvons cacher que ce pays frère est dans la misère, la malnutrition et le manque d’écoles mais saturé de la poussée des églises évangélistes américaines et des sectes locales : des distributeurs automatiques d’espoir contre des billets de banque et qui poussent comme des champignons vénéneux.
Lorsque des mondelés bien pensant jettent un œil condescendant sur ces ex-colonies belges (Congo, Rwanda et Burundi), ils disent bien vite que c’est à cause de la corruption des dirigeants.
Bien sûr et dans le reste de l’Afrique aussi : du GABON de feu Omar BONGO qui engrangeait les royalties du pétrole dans sa cassette personnelle, du Nigéria, de la Sierra Leone, du Libéria, de l’Ouganda, du Centre Afrique, au Congo (de Kabila I à Kabila II en passant par le dictateur MOBUTU, agent de la CIA), etc., leurs fortunes personnelles sont inversement proportionnelles à la misère de leur peuple. Les sous-chefs prennent le même exemple et délivrent sans contrôle des permis pour en toucher la perception financière. Lagos et Kinshasa sont des villes d’Afrique centrale où il y a le plus de voitures Mercédès blanches mais pas de route en-dessous, juste des nids de poule et/ou des trous comme des cratères de bombes.
Au Congo, la corruption est partout et les routes sont pour la plupart impraticables en-dehors des villes, il ne reste que les quelques avions qui ne sont pas tombés par surcharge de passagers et en principe le fleuve Zaïre où il reste une ou deux barges pousseuses avec peu de mazout et beaucoup d’arrêts pour payer les droits de passage à des fonctionnaires qui ne sortent pas de leurs bureaux.
Mais chez nous en Belgique, il y a aussi des guerres tribales et de la corruption, des relations inavouables entretenues entre l’argent et la politique. On appelle cette forme de corruption le clientélisme et le népotisme (lorsque l’on place son fils a sa propre succession d’élu du peuple), en bref les pistons des dominants politiciens en cheville avec les spéculateurs et les banques, soit l’ensemble des partis politiques dominants en Wallonie. Cela peut se traduire par des achats nationaux avec des dessous de table (matabiches) comme l’affaire des hélicoptères italiens AGUSTA, des copinages dans l’attribution des chantiers (les multiples affaires du PS à Charleroi), des élus qui vont se faire construire des villas dans le sud de la France (Antibes, Borme-les- Mimosas) avec les travailleurs communaux détournés et aussi et surtout les nombreux voyages d’étude en première classe pour les députés et leurs épouses dans des pays de soleil, dernièrement le Mexique pour la Région wallonne par exemple.
Notre clientélisme équivaut aux dons d’argent aux chefs d’Etat africains, nous n’avons pas de leçons à donner. On pourrait cependant aider le peuple mais il faudrait alors que des projets vagues dans leur application soient traduits en termes d’objectifs concrets, budgétaires et évaluables. Or, l’aide au Tiers-Monde est tenue par le clan MR des Michel (Père et fils) qui considèrent ce secteur comme leur fief et sont outrés (comme nous) lorsque le Ministre des Affaires étrangères de l’époque (2009) Karel DE GUCHT insultait par trois fois publiquement le leader Kabila II d’être un chef maffieux. Cela ne fait aucun doute mais il faut respecter la souveraineté des autres Etats et ne pas amalgamer ainsi le pays tout entier et ses habitants aux exactions des dominants.
En Belgique, pour les élections du 13 juin 2010, tous les citoyens belges (obligés de voter sous peine de sanction anti-démocratique) sont fatigués d’être pris pour des imbéciles. D’un côté, il y a l’échange de faveurs, de biens, de services et de passe-droits ; de l’autre, l’appui politique pour ces malversations par la promesse de voter pour le truand qui a donné des avantages illicites. Nous sommes toujours dans des systèmes pré-démocratiques de prébendes. Ce système d’oligarchie (les politiciens permanents et non un seul mandat limité à 5 ans comme dans la démocratie d’Athènes) pourrait être expliqué plus simplement selon la pratique maffieuse : les pauvres donneraient leur voix en échange de nourriture, de vêtements, d’emploi, d’argent pour faire ainsi élire le candidat le plus fortuné (cf. en Italie le Cavalieri Berlusconi).
Selon nos lois électorales, ces 4 partis dominants en Wallonie reçoivent de l’argent public pour les frais de leur campagne, affiches, télé, articles tandis que les petits partis qu’il faudrait entendre - dans un processus démocratique - car ils sont riches de pensées alternatives plus fraîches et utopiques, ne sont jamais entendus de personne car ils n’ont pas accès aux médias. A propos de paroles muselées et de collusion, notons encore que le plus gros parti de Wallonie (le PS de centre-droit) a mis son syndicat de même nom dans sa poche et c’est pour cela que je le qualifie de centre-droit car ainsi il n’y a plus de contre-pouvoir spécifique à la gauche pour critiquer les excès des dominants. Cela a pour effet que les travailleurs ne croient plus à la solidarité syndicale et deviennent de plus en plus indifférents et individualistes, en se laissant dériver vers l’extrême-droite par un abrutissement télévisuel : du pain et des jeux.
La pensée unique néolibérale l’a bien compris et instille partout l’intérêt personnel en lieu et place de la fraternité/solidarité. La guerre d’envergure qui se mène est le détricotage de tous les services publics par leur privatisation, les services publics avaient comme raison d’être un service aux citoyens et non d’être rentables (suppression des gares de village, surcharge des profs et des infirmières, etc.) comme s’il ne fallait plus rendre des services mais faire de l’argent avec ceux-ci. Les conséquences sont lamentables pour les petites gens : les chômeurs sont isolés et culpabilisés, les SDF, les exclus et les migrants sont mal vus. On assiste à la naissance d’une nouvelle classe de serfs : les travailleurs précarisés avec des contrats d’emploi de six mois renouvelables s’ils sont bien sages.
Insidieusement donc, les citoyens perdent leurs valeurs laïques des droits de l’homme (LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE) en ne pensant plus qu’à eux et à leur famille. Et lorsqu’il y a une annonce de sécheresse dans le Tiers-Monde sahélien, avec des famines à la clé, plus personne ne se mobilise.
La spécificité du « Groupe d’Autoformation Psychosociale » (GAP- asbl)
Nous sommes un petit groupe citoyens (le GAP) qui a essayé de rassembler des fonds en donnant des formations et/ou des coachings pour financer des actions ponctuelles et évaluées au Burundi et au Mali et nous récoltons de moins en moins. Par honnêteté envers les donneurs et les victimes, nous payons de notre poche nos frais de vol, de logement, de nourriture et de déplacements et à cause de cette règle interne, nous sommes à présent financièrement épuisés nous-mêmes. Cerise sur le gâteau pourri de la fracture Nord-Sud, l’Europe (de droite) renforce ses contrôles migratoires (les sans-papiers) en 2010 avec des opérations maritimes et terrestres et l’installation de camps pour étrangers (32.000 personnes à ce jour) avant rapatriement : Hermès en Méditerranée, Artémis à Gibraltar, Poséidon à Athènes, Neptune en Hongrie, Jupiter en Ukraine, Héra au large du Sahara occidental (Le Monde diplomatique, juin 2010). Ce n’est pas une solution humaine et correcte, j’ai honte d’être européen.
Quels sont les problèmes ?
L’aide de la Belgique au Tiers-Monde étant contrôlée par les Ambassades et le MR sert d’abord aux frais de ses propres experts : les fonctionnaires à Bruxelles et leurs locaux et bureaucratie puis les intervenants sur place qui se logent dans les hôtels les plus coûteux (à Bamako par exemple 200 €/nuit), qui roulent en 4X4 neuves climatisées avec sur les flancs « Lutte contre la faim », donc des missions tellement coûteuses qu’il ne reste plus rien pour les autochtones. En son temps, OXFAM a produit une publicité censurée après deux jours à la RTBF : deux artisans sénégalais (PME) attendent l’enveloppe d’aide de la Belgique, ils l’ouvrent devant la caméra et celle-ci est vide ! Bien sûr c’est une caricature mais pour une fois, pas de la désinformation.
Lorsque la Belgique a donné, sans se faire prier, l’indépendance au Congo (en faisant tuer le seul leader indépendant de l’argent), il faut savoir qu’auparavant une ségrégation scolaire avait été établie depuis des décennies empêchant les peuples autochtones de se former dans l’enseignement supérieur (sauf pour devenir prêtre). En 1960, l’Indépendance n’avait pas été préparée et pour cet immense pays du Congo, il manquait de cadres, y compris les plus élémentaires pour un développement social, les instituteurs. Cette base de l’éducation est incontournable : apprendre à lire , compter et réfléchir. Tout le monde sait que l’on peut truquer le bilan d’une entreprise, par exemple en augmentant exagérément le cash flow (les liquidités) ou en diminuant la longueur d’un amortissement. J’ai vu une usine agricole qui était amortie en quatre années, ce qui veut dire aucun bénéfice et aucune taxe à prélever, juste un déficit et puis, 4 ans après, l’entreprise recommençait sans scrupule son amortissement comme la première année. La même usine avait donc déjà été amortie trois fois et demi mais le Congo ne disposant pas de comptables formés aptes et en grand nombre pour contrôler in situ ces entreprises de brousse, c’était donc bien de la spoliation directe du pays dont il était question.
Dans les années 1990, un ministre de la coopération a édité sur papier glacé une plaquette au titre loufoque : « Pourquoi l’aide de la Belgique au Congo échoue-t-elle depuis trente ans ? ». C’est surréaliste de se poser la question si longtemps après les premiers échecs. Ce ministre annonçait que l’aide en PNB représentait 0,44% et qu’il serait bientôt à 1% du PNB, presque 20 ans après rien n’a changé. A qui profite le crime ?
Une délégation congolaise de haut niveau est venue en Belgique soulever un contentieux toujours non résolu : pour un franc d’aide qui part de Belgique, il rentre 4 francs venant du Congo. C’est encore plus tordu car ce ne sont pas des mêmes poches ; le franc sortant vient de la poche du contribuable (les impôts) et les 4 francs spoliés au Congo le sont par des consortiums industriels internationaux. Pourquoi le Congo ne pourrait-il pas nationaliser ses diamants et louer les services de tailleurs anversois pour ainsi fournir un produit fini ? Parce l’entreprise principale en Afrique du sud ne veut pas de concurrence !
A qui profite les génocides horribles du Rwanda et du Burundi ? On l’ignore, si ce n’est que ces deux pays font à présent partie de l’Afrique de l’Est anglophone ?
La France de Mitterrand en 1994 a dégagé un couloir pour sauver les tueurs qui continuent leurs crimes au Kivu en 2010 (opération Emeraude), alors que les français n’étaient pas intervenus pour le massacre à la machette des populations civiles ? Les nouveaux envahisseurs du Congo venaient de l’Ouganda et du Rwanda (les soldats de Kabila 1er à Kinshasa ne connaissaient pas le français). Le Kivu congolais est une zone de non-droit et de terreur avec des interhamwés, des Maï-Maï et des soldats rwandais. Le Rwanda est le premier exportateur de COLTAN (téléphone portable) alors qu’il n’a pas un gramme de ce minerai dans son sol. Le Rwanda est riche et ça se voit par rapport au Burundi voisin toujours dans la misère.
J’ai la triste sensation que la colonisation a juste changé de forme et qu’avec la collaboration des Chefs d’Etats africains, on peut toujours parler d’exploitation éhontée du Congo en particulier, de l’Afrique en général.
Notre association GAP ne se référant qu’aux droits de l’homme a pour but l’émancipation sociale des citoyens et l’autonomisation collective des villages, c’est-à-dire produire un travail sans être vampirisé par des gens extérieurs (les vendeurs d’engrais chimiques par exemple) ou intérieurs (qui veulent profiter de l’effort collectif et des apports du GAP). Lorsque je travaillais dans la province de l’Equateur au Congo et que l’on m’apportait un cadeau, on m’expliquait que je devais le rendre sous une forme majorée. Lorsqu’après avoir aidé à la mise sur pied d’une asbl locale, nous y installons avec un contrat un four solaire et que la famille de confiance affirme peu après que c’est un cadeau personnel et non pour l’association des agriculteurs, c’est une mauvaise foi évidente et c’est aux locaux de se défendre. Le GAP n’est pas une association caritative issue de la « mauvaise conscience de l’homme blanc » mais a une volonté de faire en sorte que la collectivité se défende par elle-même. Le GAP apporte des semences, des outils, des méthodes etc. mais attend un cadeau en retour : l’organisation autonome et les bénéfices uniquement pour les travailleurs.
Au-delà d’un ethnocentrisme désuet apporté dans les bagages technologiques des colonisateurs, nous devons en préalable admettre qu’il n’y a qu’une seule race humaine l’Homo Sapiens Sapiens (née aux abords du lac Tchad) mais qu’il y a , dans les peuples, des bons et des mauvais partout, par exemple, des belges et des congolais avides de prendre le pouvoir à des fins personnelles et également des belges et des congolais honnêtes et désireux de la progression culturelle et économique de ce pays frère qu’est le Congo. Petite illustration didactique du mécanisme de la corruption sur les collines du Burundi : Partout , de l’Asie à l’Amérique latine, en terrain de collines, on cultive en terrasses pour bloquer les pluies drues, soit conserver l’eau et la terre arable sans érosion. C’est seulement au Burundi que l’on cultive à présent (avant 1961, c’était différent) en suivant la pente des collines (et non perpendiculairement à la pente), ce qui a pour résultat le lessivage des engrais naturels du sol et la promotion des ventes d’engrais minéraux même si les cultivateurs savent qu’à terme la terre mourra et deviendra rouge, latéritique comme à Madagascar.
Le FMI veut asphyxier les pays pauvres du sud en réclamant sa dette mais la population avait-elle au préalable été consultée et pour quel projet concret ? et au service de qui ? Les dirigeants africains bradent leur pays pour de l’argent et non pour un développement vers l’autonomie. L’Afrique est en train d’être dépecée par la Lybie et l’Asie. Ces pays achètent des centaines d’hectares d’un seul tenant, au mépris des villageois et des tombes de leurs ancêtres ; ils vont niveler et installer des monocultures d’exportation qui ne laisseront aux autochtones que leurs yeux pour pleurer. Il n’y a pas de rédemption car il n’y a pas de rédempteur, il nous faut accepter sur le plan personnel la souffrance puis la laisser partir, s’en détacher mais sur le plan social, il nous faut combattre (sans haine ni violence) toutes les injustices humaines.
Que peut faire le GAP in fine
Pour le GAP et pour continuer à apprendre, j’ai suivi à l’université de Liège une journée complète d’évaluation de projets au Tiers-Monde. Une seule anecdote est suffisamment explicative : des experts (ils sont tous ingénieurs agronomes, s’agit-il d’une chasse gardée de l’expertise ?) viennent dans un village et décident d’y construire un hôpital avec des subsides dithyrambiques. La construction est magnifique mais totalement inutile car le village est de l’autre côté d’une rivière tumultueuse et ce que les gens espéraient (mais pour cela, il fallait leur demander avant), c’était en priorité un pont. Actuellement, cette construction héberge le chef, ses femmes et ses chèvres mais ne sert pas d’hôpital.
C’est contre cela que nous voulons réagir : il est impératif de réunir un conseil du village pour une grande palabre sur les nécessités pour le plus grand nombre. Voilà pourquoi le GAP n’est subventionné par aucun ministère belge, depuis 5 ans, il veut l’autogestion locale et le respect de la dignité des hommes égaux et cela dérange. Nous voudrions qu’il y ait un jour au parlement un élu honnête et sensible à la solidarité mondiale qui pourrait actionner le levier dont nous sommes encore maître : 1) le passage de l’aide humanitaire de 0,44% à 1% et 2) la concentration de synergies sur des endroits pouvant démarrer une fois pour toutes plutôt que le saupoudrage inutile depuis 40 ans.
Illustrons encore par un exemple : au Mali, NANDO est un petit village DOGON isolé de la partie touristique de cette région avec une école où il y a environ 350 apprenants (CM1 et CM2)avec deux maîtres d’école, soit une pédagogie du Moyen-âge par nécessité. Imaginons une synergie entre le GAP et la commune. D’une part, les structures locales construisent deux autres bâtiments et engagent deux maîtres supplémentaires et le GAP fait vivre les artisans locaux en leur commandant des bancs et des sièges et les marchands en leur achetant du matériel didactique. C’est par là que toute émancipation sociale doit commencer : une école qui ne soit pas un centre d’inculcation religieuse (comme une école coranique) et qui pourrait se développer au-delà des études primaires pour former des cadres compétents pour l’avenir du pays. Nous pouvons le faire et au-delà, si un seul Etat d’Europe nous donne le prix d’un seul missile de combat, pour construire au lieu de tuer.
Mais L’Etat belge s’en fout, obsédé par ses guerres tribales entre les flamands (qui veulent le droit du sol) et les francophones (qui veulent comme tous les européens le droit des gens) et avec nos maigres ressources, nous allons lancer une cantine scolaire où chacun des 350 enfants aura au moins un repas chaud à midi avec dans son bol de riz au gras des vitamines et des compléments alimentaires. Nous ne pouvons pas lutter contre les famines qui s’annoncent, le PAM (Programme d’Alimentation Mondiale de l’ONU) est là pour cela mais bien contre la malnutrition des enfants étudiants et souffrant de carences alimentaires.
Le GAP ne comprend que 30 personnes. S’il vous plaît, rejoignez-nous en versant dix euros sur le compte GAP ou en participant à vos frais à nos missions d’intervention. Nous pouvons ensemble construire une alternative à la pieuvre capitaliste qui tue au Tiers-Monde, celle d’hommes debout, nourris, éduqués et souriants qui refusent la violence, l’individualité et l’exploitation de leurs ressources par les spéculateurs bancaires. Changeons le monde déshumanisé et pollué d’aujourd’hui en partageant un slogan simple « Les enfants d’abord ! » Merci de votre futur engagement pour l’humanité d’une gauche plurielle dans le respect de toutes les cultures.
LUMUMBA (assassiné le 11.07.1960), OYE !
09.06.2010
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